Amon Tobin "Foley Room"

   Si Amon Tobin démontre encore une fois avec brio qu’il est l’un des plus talentueux bidouilleurs de sa génération, c’est qu’il a changé de terrain de jeu : il a découvert les joies de la musique contemporaine.

Amon_Tobin_Foley_Room   L’affaire est entendue : depuis dix ans et l’album « Bricolage » on sait qu’Amon Tobin est un génie et son nouvel album ne déçoit pas. Merci de nous avoir lu avec attention, à bientôt. Fermez le ban ? Fichtre non, car une explication s’impose : si Tobin démontre encore une fois avec brio qu’il est l’un des plus talentueux bidouilleurs de sa génération, c’est qu’il a changé de terrain de jeu.

Lui qui autrefois privilégiait les ambiances jazz qu’il s’amusait à « supermodifier » (verbe inventé par nos soins et qui fait référence à l’album « Supermodified ») a découvert les joies de la musique contemporaine. Il a ainsi enregistré les musiciens du Kronos Quartet dans une foley room de San Francisco. Une foley room est une salle où l’on enregistre les bruitages pour les films.

   Et si cette pièce donne son titre à l’album, c’est qu’Amon Tobin s’est immergé dans les bruits : dans un documentaire qui accompagne la sortie de cet album, on peut le voir, muni d’un imposant micro, aller capter les sons de lions, d’un radar de l’Université Mc Gill au Canada, ou d’insectes. On peut également le voir se produire au dernier festival Présence Electronique à Paris, à la Maison de la Radio. Nous y étions, et étions restés subjugués par ses ambiances paradoxales. On y est en plein avec ce nouvel album : le paradoxe est que cette musique pleine de détail s’écoute comme une fresque épique, traversée par un souffle hors du commun. On déconseille le saucissonage de cette oeuvre aux téléchargeurs et utilisateur de la fonction « lecture alléatoire ». Se surpassant lui-même, Amon Tobin nous emmène au rayon « chocotes », et va ainsi défier Autechre ou Aphex Twin sur le propre terrain.

   Que c’est passionnant d’être le contemporain d’un tel génie adepte du constructivisme-déconstructivisme : prendre des fragments épars (bruits, samples, boucles d’instruments) pour les assembler en une ouvre cohérente et personnelle. Tobin est le héraut de cette génération pour qui la musique ne s’invente pas sur une partition, ni même sur un objet (instrument ou ordinateur) mais de mille petites choses du quotidien. Une musique onirique pourtant née du concret. On mesure mieux ainsi fierté d’avoir été invité par le GRM à expérimenter son acousmonium. Ce fils de Henry et Schaeffer est un héritier talentueux, qui porte loin et haut les nouvelles possibilités de la musique concrète.

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Jean-Marc Grosdemouge

Amon Tobin « Foley Room », 1 CD (Ninja Tune/PIAS), 2007

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