Anywhen "The Opiates"

41oP1A3s1dL     Depuis Craig Armstrong et son album « The space between us » en 1997, nous nous sommes habitués à une certaine musique pop servie par des orchestres symphoniques, bien loin du classique, et bien loin surtout de la variétoche gnan gnan à cordes. Depuis Spiritualized, on sait que l’ambition spectorienne réussit parfois à accoucher de grands albums, que le mur du son n’est pas une pièce de musée.

     Depuis Tindersticks, on sait aussi que les grands arrangements ne sont pas réservés qu’au classique. Anywhen vient de Suède pour enfoncer le clou, pour mieux ancrer notre certitude. Et frappe fort. Très fort. Mélodies somptueuses, envolées lyriques, voix grave et veloutée d’un chanteur très Nick Cave et un peu Tom Waits aussi dans l’esprit : tout concourt à faire de ces « opiacées » notre drogue favorite. Et qui plus est une drogue tout à fait légale. Difficile d’évoquer une telle musique sans que les mots soient vite en dessous de la réalité. Heureusement, les chansons d’Anywhen évoquent elles-mêmes leur univers onirique : le morceau qui ouvre l’album s’appelle « The Siren songs ».

     Toute comparaison qui, sous la plume du critique, paraîtrait pompeuse prend ici tout son sel. Imaginez-vous une chanson évoquant les sirènes privée de grâce ? Si Tim Buckley s’est autrefois essayé au sujet en y parvenant de fort belle manière, Anywhen récidive. Une voix qui vient de la gorge, et qui prend toute sa mesure sur le deuxième morceau, « Dinah and the beautiful blue ». Quand le piano montre le bout de son nez (« Scars and glasses », « Betty Caine »), on croit se retrouver dans le meilleur des ambiances façon « Stray » d’Aztec Camera, mais c’est toujours avec les cordes, qu’un orchestre tisse comme les lianes d’une forêt vierge (« Postcards »), que le groupe dit son dernier mot. C’est cet orchestre (celui de la radio polonaise, enregistré à Varsovie), qui nous bouleverse comme jamais.

     Sûr qu’un jour Anywhen éclatera au grand jour et que ses anciens disques seront recherchés. Quand les fans de la dernière heure iront commander le disque, devenu depuis longtemps rares dans les bacs, les fans de la première heure savoureront leur plaisir d’avoir eu une ou deux longueurs d’avance et d’en avoir profité en solitaire, comme un plaisir si grand qu’on a pas envie de partager, ou si peu. Quoiqu’il en soit, voici un disque qui mériterait de figurer en têtes des classements des ventes : c’est un pur concentré de bonheur.

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Jean-Marc Grosdemouge

Anywhen « The Opiates », 1 CD (Clearspot/Trispsichord), 2001

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