Aphex Twin, arty or party ?

   Les fans d’Aphex Twin aiment bien expliquer le bidouilleur fou trouve son inspiration à chaque fois qu’il trouve une nouvelle machine : il la teste, la pousse à bout, en sort des compositions complètement hallucinantes, et sort un album. Visiblement, avant de sortir « Drukqs », Aphex Twin s’est tout simplement acheté un piano.

aphex cd   « Tout simplement » c’est vite dit : comme il ne fait rien comme les autres, Richard D. James n’allait pas jouer du Mozart ou du jazz. Il a plutôt essayé la voie John Cage : le piano préparé, c’est à dire que les cordes sont travaillées pour rendre un son un peu biscornu. De la musique électronique à l’ancienne : il ne faut jamais oublier que les racines de la musique électro, outre le piano préparé, c’est aussi la musique concrète (le travail sur des sons sur bandes magnétiques) et l’art des bruits de Luigi Russolo.

   Et question bruit, Richard D. James est passé expert en une poignée de disques, bien énervés. Quand cet album est sorti, je suis passé à côté de ce disque : en relisant il y a peu ma chronique parue à l’époque sur M-la-Music.net (R.I.P. tu m’auras coûté des amitiés et beaucoup de sous), je me suis dit que je ne pouvais absolument plus assumer mes propos quinze ans après. Il n’y a que les imbéciles… vous connaissez la suite. Les imbéciles en tout cas n’écoutent pas Aphex Twin, or ce « Drukqs » est peut être la meilleure façon d’aborder le bonhomme : les pièces punchy alternent avec des morceaux calmes, un peu comme si chez Philippe K Dick (le roman « Ubiq »), Richard D James avait le don d’ubiquité : capable d’être à la fois dans une rave party le samedi soir en mode bad boy du son, et chez lui, en charentaises au coin du feu, dans un registre arty.

   Arty or party ? Aphex Twin que la presse en manque d’adjectifs qualifie souvent de « schizophrénique » (dites les gars, vous avez fait psycho avant de vous retrouver pigistes fauchés ?), l’est est un peu sur ce coup : sale gosse, il refuse de trancher. Il aurait pu sortir un disque de piano préparé d’un côté, et un disque plus en phase avec ce qu’il avait fait jusque là, mais non : il va sortir un double album en mélangeant le tout. Je suis sûr que certains jours, quand il se lève tard, notre homme prendre son petit déjeuner en  son déjeuner en même temps, en mélangeant le sucré, le salé. Eh bien sur disque c’est pareil : Aphex Twin invente l’album bi-goût, double saveur. Sa musique est à prendre ou à laisser. Etre soi même, ne pas se renier, c’est la base, et ce qui fait d’un artiste un grand artiste : être capable de poursuivre sa vision, quoi qu’il en soit. Chapeau.

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Jean-Marc Grosdemouge

Aphex Twin « Drukqs », 2 CD (Warp/Source), 2001

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