Arca, en partance

Capture d_écran (2)Avec son troisième album « On ne distinguait plus les têtes », Arca c’est à dire Joan Cambon et Sylvain Chauveau estiment s’être détachés de leurs influences, et avoir décollé l’étiquette post-rock. Certains pourraient très vite leur coller l’étiquette electronica. Rien de grave cependant puisque depuis son premier album, « Cinématique », ce duo a toujours créé un univers sonore très personnel. Attablés à la terrasse d’un café parisien de la Bastille, ces deux là se sont retrouvés quelques instants lors de la correspondance aérienne de Sylvain (qui vit aux USA près de sa compagne et Joan à Toulouse) et on bien voulu nous en dire plus sur leur façon de travailler. Propos recueillis par Jean-Marc Grosdemouge.

Epiphanies : Comment faites-vous pour fonctionner en tant que groupe avec cette grande distance entre vous ?

Joan : depuis que Sylvain a quitté Toulouse, on ne se voit pas tout le temps. Chacun travaille de son côté.

Sylvain : c’est Joan qui fait le plus gros du travail : mixage, enregistrement.

J : contrairement aux autres groupes, on n’entre pas en studio.

Du coup, vous n’arrêtez jamais ?

S : on peut travailler jusqu’à trois ans sur un album. Le travail se fait par sessions, à Toulouse. Tout le matériel est à la maison, sauf quelques batteries et guitares.

S : On fait les choes par nous-mêmes, c’est autoproduit. Le label ne paie pas l’enregistrement.

Comment concevez-vous la musique d’Arca ?

J : pour ma part, je ne dissocie pas la partie technique de la création. Il faut dire que suis ingénieur du son, je travaille dans un théâtre.

S : le travail du son est à la base du travail d’Arca. On n’écrit pas de manière théorique. La texture du son fait partie du morceau.

J : la plupart des morceaux viennent d’un son, d’un sample, d’une couleur.

Tu as parlé de couleur ?

S : on emploie des images pour parler de notre musique. J’ai été RMIste de manière délibérée. Le peu d’argent que je gagnais servait à financer les enregistrements pros. Avec Arca, en revanche, ça ne coûte rien.

Il me semble que « On ne distinguait plus les têtes » est plus électronique que « Cinématique » et « Angles » ?

J : j’avais envie de plus réutiliser cet outil qu’est l’électronique. On a pourtant enregistré pas mal d’instruments acoustiques. Mais toutes les basses sont synthétiques, ça peut participer à ce sentiment.

S : je me demande toujours si on sent une différence par rapport au passé. j’ai l’impression qu’on se renouvelle mais en restant dans notre esthétique. Personne au sujet d’Arca ne m’a jamais dit « ça ressemble à untel ». En tout cas, on voulait sortir de l’étiquette post-rock.

J : le gros changement, c’est le chant.

C’est vrai qu’on a découvert sur le projet « Down to the bones » que tu chantes Sylvain ? C’était une suprise d’ailleurs. Et tu as une jolie voix. Pourquoi l’a-t-on appris si tard ?

S : je chantais à dix neuf-vint ans. Puis j’ai arrêté à la fin des années 90 au profit de la musique instrumentale. Quand on a voulu changer de voie avec Arca, ça s’est présenté.

J : j’aime la voix de Sylvain, donc j’avais laissé la porte ouverte à ça. Tous les morceaux étaient prêts. On a donc essayé les voix.

S : il fallait que cela soit construit pour que cela fonctionne. se posait aussi le problème des paroles et de la langues. Au début, l’anglais nous posait un problème moral. En français, on ne se sentait pas trop de la faire. Du coup, la voix humaine était là à travers les samples.

Alors pourquoi être venu à l’anglais finalement ?

S : par comodité musicale.

J : la musicalité compte avant le propos.

S : l’anglais était évité pour ne pas tomber dans l’imitation. Sur ce troisième album, on s’est coupés de nos influences donc on pouvait y aller plus sereinement.

J : avec internet, l’anglais est une langue quotidienne, donc autant l’utiliser, même si c’est un massacre. Ca fait opartie de nous, il faut se décomplexer.

Arca est un mot portugais. Alors pourquoi pas le portugais ?

J : l’anglais est une langue que l’on maîtrise. Je ne me verrais pas chanter dans une langue que je ne connais pas. On aurait l’impression d’être des imposteurs. C’est la compagne de Sylvain et un ami qui ont écrit les textes sur des indications à nous. Au début, Sylvain alignait des mots sans sens pour trouver un rythme, puis on a injecté du sens dans le chant.

Vous allez tourner avec cet album ?

J : La dernière tournée Arca date d’il y a deux ans. On n’est pas encore prêts pour l’instant. Peut-être fin juin. Il faut trouver du temps pour adapter les morceaux, car c’est une recréation des morceaux. On ne peut jamais les jouer tels quels. Après le premier album, on a pris six mois pour adapter les titres, en répétant chaque semaine avec deux personnes, JP Isnardi à la guitare et Woody à la batterie.

Comment les avez-vous rencontrés ?

J : On s’était croisés dans des soirées à Toulouse mais la vraie rencontre a eu lieu lors d’un festival en Bosnie en 1997.

S : l’écriture avec Arca, c’est uniquement quand on est ensemble.

Vous avez des rôles précis ?

S : Joan s’occupe des samples, de la basse et joue un peu de guitare moi du glockenspiel, du mélodica, des claviers et de la guitare.

Quels sont vos points communs en matière de références musicale ?

S : le rock, la pop, la musique électronique, Satie, Arvo Pärt…

J : on n’est pas dans un format radio, mais on a toujours prévilégié la mélodie. Je pense que malgré l’expérimentation, il peut y avoir une écoute immédiate.

Mais dans la vie de tous les jours, à la radio ou à la télé, il y a une sorte de dictature du beat…

S : j’en suis conscient, et le beat n’est pas ce qui m’intéresse. Il y en a partout. Je prends un malin plaisir à être dans ce rythme lent. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait avec les chansons de Depeche Mode : enlever le beat.

Du coup, cela a été une vraie redécouverte de leur songwriting. Question à deux balles : vous n’avez jamais songé à remixer les titres d’Arca mais avec du beat ?

S : je n’écoute pas trop de musique rythmée…

J : notre sonorisateur, qui oeuvre au sein du groupe Angle () veut le faire. Angle est un très bon groupe, ej te conseille de les découvrir. D’ailleurs c’est leur chanteur, Andrew Richards, qui a écrit des paroles pour cet album.

Vos musiques ont été utilisés au cinéma ? Elle s’y prêteraient bien…

S : il arrive que des morceaux d’Arca soient utilisés dans le théâtre. Dans « Stade « , on soutient les défaites sportives. Le Tour de France aussi, si c’est dramatique. Elle est aussi intégrée à des spectacles de danse contemporaine, suite à des commandes. Ce sont des spectacles de Pierre Rigal : « Erection » et « Arrêts de jeu ». Quelques morceaux qui no’nt pas servi ont servi de base pour cet album. Et on a encore des tonnes de sons qui n’ont pas retenus et peuvent être utilisés.

Arca « On ne distinguait plus les têtes », 1 CD (Ici d’ailleurs), 2007

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