Art Mengo "La vie de château"

   Un album intimisme comme rarement, chaleureux comme la soul, servie par l’une des plus belles voix rocailleuses de France.

art mengo cd   Sur scène, Art Mengo, qui aime voir son public et converser avec lui, raconte volontiers qu’il a deux ou trois tubes, à peu près autant de « succès d’estime » (« les gens de la profession estiment que c’est un succès » glisse-t-il avec un sourire) et une cinquantaine de succès intimes. Les succès intimes, sont ceux qu’il préfère : ce sont les chansons qu’il chante à sa fille. On l’envie, cette fillette, qui a sûrement droit chaque soir à une berceuse « paroles : Marc Estève/musique : Art Mengo » pour elle toute seule, et interprétée par l’une des plus belles voix rocailleuses de la chanson française.

   Heureusement, le trop rare Art Mengo donne de ses nouvelles sur disque avec cette « Vie de château » très intimiste (cet album a été enregistré à la maison, dans le sud-ouest), aux accents jazzy (« Dans un an et un jour ») et brésiliens (« Je passerai la main », une chanson qui vous colle à la peau dès la première écoute). « L’enterrement de la lune » est une jolie chanson qui décrit combien il est décevant pour un rêveur de voir l’Homme marcher sur la lune. Un peu comme si au lieu de la lui décrocher, on mettait tout simplement son rêve au panier. S’il pratique une sorte de bossa soul-jazz qui n’appartient qu’à lui, Art Mengo sait aussi la teinte d’influences africaines (« Le hamac »), et ses chansons souvent relevées par des cordes impeccables ou un accordéon mélancolique (« Le temps perdu »), parfois plus dansantes (« J’ai vidé mon grenier »), sont toutes aussi délicates que grandioses.

   On notera un texte de Marie Nimier (« Lettres à Milena »), la ballade shellerienne « Utra marine » (interprété en solo au piano), et la chanson-hommage à Claude Nougaro (« Monsieur Claude »), enregistrée avant le décès de ce dernier. Si Nougaro a laissé un Art Mengo (c) Jean-Marc Grosdemougegrand vide, gageons qu’Art Mengo, avec sa sensibilité soul, saura en combler une partie. Qu’on se le dise : si un grand Toulousain nous a quittés, dans l’ombre (un peu trop à notre goût), un autre se tient prêt.

   « La vie de château » est un vrai manifeste, car comme chante Art Mengo, « la vie de château, c’est musical. C’est soutenir et mordicus qu’une suite d’accords pas banals rend bien plus riche que Crésus. » Nul ne sait si cet album sera un hit ou un succès d’estime, mais il fait déjà partie de notre intimité.

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Jean-Marc Grosdemouge

Art Mengo « La vie de château », 1 CD (Polydor/Universal), 2004

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