Athlete "Tourist"

ATHLETE     Je sais bien qu’il ne faut pas juger un disque à sa pochette, mais quelque chose intrigue : sur son précédent album, « Vehicles & Animals », le groupe anglais avait choisi de faire figurer une sorte de tsunami (quel sens de la prémonition), ou plutôt un tourbillon qui emportait un flot d’objets divers dans les airs.

     Rebelote cette fois avec un amas d’objets posés sur le sol, pour un dépliorama qui occupe tout le livret : avec un bric à brac de sièges, de vieux pneus, de câbles et du vieux matériel électronique, Athlete file une nouvelle fois la métaphore visuelle de sa musique. Et ce n’est pas pour nous déplaire de la part de ce groupe qui construit ses chansons sur le piano, ce qui est peut être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup. Faisons-la rapidement pour une fois, quite à le dire un peu platement : Athlete est plus intéressant que Keane et leur chanteur poupin (remettez le en couveuse), et moins connu que Coldplay, sur qui EMI compte d’ailleurs beaucoup pour faire remonter le cours de son action en bourse. Athlete a donc tout pour nous plaire. Evoluant dans la D2 de la pop, celle-là même qui voit Doves faire des prouesses, Athlete aligne des chansons pop mélodieuses comme seule l’Angleterre sait en faire, avec une pointe de soul, quelques zigouigouis technologiques, et des réminsicences d’oeuvres majeures, comme « Aladin Sane » de Bowie sur les choeurs de « If I found out ». Les ballades savoureuses comme « Street map » vont vous démontrer que Chris Martin et les siens n’ont pas le monopole du bon goût au royaume de la BBC et du NME.

     Athlete sonne comme un avatar moderne de la vague « northern soul » qui s’empara de l’Angleterre dans les années 60 . A cette époque, des blancs élevés à l’ombre des hauts fourneaux du nord de l’Angleterre se mirent à rêver de paillettes. Athlete, bien que né à Deptford, pas loin de la capitale, s’inscrit dans cette tradition d’Anglais qui rêvent de Detroit, la ville natale Motown. Mais Joel Potts, à la différence de Tom Jones, chante plus avec son coeur qu’avec ses gonades. Souhaitons que une vague de bon gôut de ce côté-ci de la Manche lui permette de charrier loin ses idées musicales.

****

Jean-Marc Grosdemouge

Athlete « Tourist », 1 CD (Parlophone/EMI), 2005

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *