Autechre "Untitled"

   Ils sont à classer dans la rubrique « entre deux » : ni connus, ni inconnus. Le duo electronica Autechre (prononcez o-te-ker) a influencé Radiohead sur « Kid A » et « Amnesiac » mais le grand public ne les connait pas. Pour leur retour, Rob Brown et Sean Booth ne changent en tout cas en rien leur manière de concevoir la musique : elle se fait loin de la lumière aveuglante des mass-médias, dans une sorte d’ascèse, de retranchement du monde, dans un salutaire repli sur soi-même et sur l’oeuvre, qui prime sur l’homme.

unti   Autechre, au delà d’une musique exigeante qui séduit les connaisseurs depuis dix ans au moins, c’est aussi une attitude, à savoir un rigorisme qui tranche sévèrement avec les paillettes du music business. Cet album sans titre (Sigur Ros nous avait déjà fait le coup) comprend huit morceaux, qui eux portent des titres. « LCC » commence par trois minutes de castagne : on a l’impression de se faire déchirer la face par les lames d’un guerrier japonais, tandis que derrière, un bruit sourd gronde. Cela dure trois minutes avant que l’apaisement ne vienne, par des grandes nappes, toujours ponctuées de fracas. « Ipacial section » poursuit dans cette veine autekerienne, celle des milles petites aiguilles qui vous transpercent en même temps. « Pro radii » préfère en revanche se baser sur des basses menacantes, telluriques, avant qu’ »Augmatic disport » et « Iera » ne fassent repartir le disque sur un rythme éffrené. « Fermium » et « The trees » sont des titres basés sur un rythme rapide, mais au propos sonore moins violent que les précédent morceaux d’ »Untitled ». Il était temps de laisser nos oreilles se reposer un peu : cela est notamment utile pour savourer toute la complexité intrinsèque de « Sublimit », qui clôt l’album. Comme chez Plaid, il faut parfois oser l’écoute au casque, afin d’entrevoir tous les détails des sculptures sonores du duo.

   Sur cette nouvelle livraison, Autechre continue à explorer avec bonheur le fracas des machines sur des titres qui se donnent du temps : le format pop de trois minutes, très peu pour eux ! Booth et Brown proposent un son déstructuré, violent et pourtant puissamment attachant. Masochisme soft pour nos conduits auditifs diront les grincheux qui n’écoutent que les radios FM commerciales (c’est souvent un pléonasme). Oui, si on veut, mais on assume.

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Jean-Marc Grosdemouge

Autechre « Untitled », 1 CD (Warp), 2005

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