Avec Fabrice Midal, âmes hypersensibles ne pas s’abstenir.

Dans  » Suis-je hypersensible ? « , le philosophe nous entraîne à la découverte d’une caractéristique dont il est porteur… et qui n’a rien d’un mal.

   En 2016, lors d’un bilan de compétences, j’ai eu la chance qu’on me conseille de lire « Je pense trop » de Christel Petitcollin. J’ai donc découvert que je suis penseur en arborescence mais aussi hyperémotif et hypersensible.

   C’est pourquoi j’ai voulu lire au plus vite ce livre plein d’espoir puisqu’il envisage l’hypersensibilité comme un don mieux : un POUVOIR méconnu. C’est bien connu : une tare abaisse celui qui la porte, alors qu’un pouvoir rend puissant celui qui en est détenteur… voire hyperpuissant, à condition de sortir du faux self, sorte de carapace que l’hypersensible va se forger au fil de la vie. Au début, la carapace est pratique (elle évite de craquer face à l’adversité dans la cour de récré) mais elle devient vite un frein à l’épanouissement. Car vivre sous un fausse identité (le faux self revient à ça) ne peut pas conduire au bonheur.

   Fabrice Midal sait de quoi il parle : s’il médite depuis longtemps c’est qu’il fait partie de la grande famille des hypersensibles. Alors l’idée est d’accepter l’hypersensibilité comme un don. D’ailleurs ce don, qui servait déjà du temps d’homo sapiens,  a été préservé par l’évolution de l’espèce.

   Pourquoi alors beaucoup d’hypersensibles le cachent ? Je le sais, j’ai été du nombre. Parce ce que ce don de la nature (tout voir, entendre, penser et ressentir avec beaucoup  d’intensité) est un problème dans notre société. La nature aime la différence, elle a donc fait des gens hypersensibles et des gens normalement sensibles. La société, elle, est hypernormée. Sous couvert de valoriser la différence, elle promeut en réalité un modèle dominant. Or les hypersensibles représentent un cinquième de la population, un cinquième plutôt utile dans livres, à la télé et au ciné mais pas vraiment compris au quotidien dans la rue, les organisations, les entreprises.

   Or les « écorchés vifs » et autres « nerveux », quel que soit le nom qu’on leur donne, ont toujours existé. Le plus grand d’entre eux s’appelait Marcel Proust et son œuvre littéraire prouve son hyper-empathie pour les autres humains, les petites choses de la vie, et tout ce qui l’entourait. Midal prend aussi comme exemple des héros de BD (Lucky Luke, Spiderman), il nous entraine aussi à la découvert des sorcières à qui Michelet a consacré un livre qui fut rejeté, et puis bien sûr il nous parle de Narcisse. Le fameux Narcisse qui vit son reflet dans l’eau. Il est « devenu le nom d’une faute, explique le philosophe : celle qui consiste à être trop centré sur soi. ». Midal y voit une « erreur de diagnostic » : ceux qui croisaient Narcisse tombaient amoureux de lui, mais il ne répondait pas à leur amour. Après s’être rencontré en contemplant sa propre beauté, il en a été capable. Au lieu de nous dire « Arrête de faire ton Narcisse » on devrait nous dire ce que nous disent parfois les copains mariés et heureux en couple : si tu veux aimer les autres, aimes-toi d’abord toi-même.

   Je reconnais toujours un grand essai au fait qu’il me donne envie de plonger dans d’autres livres : ainsi, au fil des pages j’ai découvert les noms de Roustang, Longin, Le Van Quyen, ou Thomas Boyce (dont Fabrice Midal a signé la préface de « L’orchidée et le pissenlit »). Mais aussi Le Portugais Fernando Pessoa qui s’inventa plein d’avatars d’écriture et disait : « il n’y a pas de normes, tous les hommes sont des exceptions à une règle qui n’existe pas ». Pessoa est célèbre pour avoir écrit « Le livre de l’intranquilité » ? Eh bien Midal vient de livrer un ouvrage qui tranquillise, qui rend serein le lecteur. Et même, qui lui donne envie de se lancer dans une grande aventure : celle d’une vie en harmonie avec soi, les autres, et le monde. Ames (hyper) sensibles, ne pas s’abstenir.

   Jean-Marc Grosdemouge

   Fabrice Midal « Suis-je hypersensible ? Enquête sur un pouvoir méconnu », 293 pages, 2020, éditions Flammarion/Versilio.

   photo : (c) Aglaé Bory.

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