Björk "Homogenic"

   Troisième album solo de Björk, « Homogenic » sorti en 1997 porte bien son nom : après « Debut » et « Post » réussis mais qui partaient dans tous les sens, elle gzgnr rn homogénéité. l’album de la maturité ? Pardön, c’était trop facile.

Bjork_-_Homogenic_album_cover   Après avoir enregistré quelques disques étant enfant, été l’une des pasionaria de la scène musicale de Reykjavik, et connu un joli succès indé avec les groupes Kukl puis Sugarcubes, l’Islandaise Björk quitte son île pendant les années 90 pour rejoindre Londres. Là, elle s’immerge dans la club culture de la capitale anglaise. S’ensuivent deux albums : l’avant (« Debut », sorti en 1993) et l’après (« Post », en 1995) et même un post-scriptum (« Telegram », compilation de remixes) qui commencent à imposer auprès du grand public cette artiste à la voix de citron givré (expression dûe à « Libération » à l’été 93) et aux yeux malicieux.

   Björk, et l’on s’en apercevra vite, est une artiste qui aime changer de look (elle eut même sa période rousse). Comme Bowie autrefois, elle joue sans complexe avec son image. C’est en geisha qu’elle apparaît sur la pochette d’ »Homogenic », album enregistré en Espagne. Après avoir subi une pression inimaginable pendant plusieurs mois, miss Gudmunsdottir a besoin de soleil. C’est qu’une tentative de colis piégé à son encontre a été déjouée. Avant de le poster, le fan transi d’amour qui l’avait confectionné a poussé l’horreur jusqu’à filmer son suicide. De plus, Björk a terni son image en s’attaquant à une journaliste télé dans un aéroport, et s’est séparée de Goldie, le sorcier jungle au sourire métalique. Björk enregistre donc dans la péninsule ibérique, en compagnie d’une section de cordes islandaises et sous la houlette du producteur Mark Bell (LFO), ce qui reste à ce jour son chef-d’oeuvre : un chant d’amour envers son pays, une plongée dans ses paysages intérieurs, qui sont comme ceux de l’Islande : escarpés, à couper le souffle. C’est aussi une déclaration à son amie Joga (sur le titre du même nom), la seule à la « sortir de son état d’urgence. » Strié de déflagrations sorties de sa boîte à rythmes portative (Mark Bell l’y a initiée), cet état d’urgence prend vie sur une poignée de chansons à la production superbe de lyrisme.

   Avec cet album qui synthétise parfaitement ses racines scandinaves, l’abstraction de l’electronique minimale (autrement appelée electronica par les connaisseurs) et avec un je-ne-sais-quoi de musique contemporaine pour orchestre à cordes, Björk signe son album le plus homogène qui soit. Parfois, il faut partir de chez soi pour trouver l’inspiration : loin des yeux, près du coeur. En plein coeur même. Et celui de l’auditeur fond comme un iceberg sur une plage de la Costa Brava.

Jean-Marc Grosdemouge

Björk « Homogenic », 1 CD (One Little Indian/Barclay), 1997

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