Brian Wilson "Smile"

   D’habitude, quand on parle d’un disque de légende dans cette rubrique, il s’agit d’actu froide… du marbre, du frigidaire comme on dit dans le jargon des journalistes : le genre d’article qu’on peut passer cette semaine, ou la semaine prochaine, ou le mois prochain… quand on aura de la place. Sauf que le disque de légende dont il s’agit ici s’inscrit précisément dans l’actu « chaude » de la rentrée 2004.

SmileBW04   Pensez donc : cela fait pas moins de 37 ans que les fans transis de Saint Brian (et les autres gens « hip » de la pop-sphère) attendent la sortie de cette « symphonie adolescente adressée à Dieu », qui devait suivre celle de « Pet Sounds », le monument des Garçons de la Plage. Mais Brian Wilson, 24 ans à l’époque, s’est laissé gagner par la folie. Aujourd’hui, c’est sous son nom et non celui des Beach Boys (qui ne lui appartient plus, et sous lequel ses horribles cousins continuent à se produire) et en compagnie de membres du groupe The Wondermints (grands exégètes du style Beach Boys) qu’il sort « Smile ».

   A part ceux qui ont assisté au concert parisien de ce printemps, personne n’avait entendu ladite oeuvre : il fallait se contenter de quelques chansons disséminées sur « Smiley Smile » (l’album-lot de consolation des Beach Boys sorti à sa place) ou faire la chasse aux bootlegs. On peut enfin écouter l’album tel que son créateur l’avait imaginé, et le puzzle des titres est enfin mis en place officiellement. Cet album est superbement orchestré, les choeurs sont naturellement à tomber à la renverse, et le talent de compositeur de Brian Wilson est formidable, ce qu’on sait depuis longtemps. Concernant la voix de Brian Wilson (dont il faut signaler qu’il a flirté avec tous les excès) le hic est le même que celui soulevé après l’avoir vu en concert : elle a changé. Elle n’a pas vraiment perdu de sa superbe, mais elle a perdu en clarté, même si l’on soupçonne la Fée Technologie de l’avoir suppléée à l’occasion. Pour les paroles, signées Van Dyke Parks, un livret est là pour soutenir votre écoute.

   On y lira également l’hsitoire de « Smile » et de sa renaissance, sous la plume de David Leaf. Il compare « Smile » à « Rhapsody in blue » de Gerschwin, rien de moins. Mais l’histoire lui donnera sans doute raison. A moins que ce ne soit déjà fait. Car « Smile » respire la joie de vivre : c’est une sorte de fête foraine fraîchement repeinte, aux échopes bigarées (ce sont des échopes qui devaient figurer sur la pochette originale), aux senteurs sucrées. Même si ce héros a ses gentils et ses méchants (« Heroes and vilains ») l’insouciance règne, et elle est parfois baroco-kitsch (« Wonderful », « Song for the children »). Entre musique pour automates (« On a holiday ») et chansons sur les légumes, l’auditeur se laisse étourdir. Seule la version de « Good vibrations », pas aussi renversante que celle de l’album » Smiley smile » (qui est une vague de bonheur déferlant à vive alure) est un poil décevant. Mais elle vient clore un album flashy, bubblegum et rassérénant.

   Ce nouvel album qui n’est pas tellement « nouveau » mais bel est bien intemporel comme le sont les grands disques de pop et bien à ranger parmi les indispensables. Et pas juste dans la catégorie « grands bonheurs de 2004 ».

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Jean-Marc Grosdemouge

Brian Wilson « Smile », 1 CD (Nonesuch/Warner), 2004

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