Charlie Haden "Nocturne"

Outre la caractéristique d’être un musicien reconnu, et lui-même père de musiciens (en l’occurrence Josh, chanteur de feu Spain, et de deux filles du groupe That Dog), le contrebassiste Charlie Haden est un musicien versatile.

Charlie_Haden,_Nocturne_cover   Ce n’est pas moi qui le dit : je ne fais que reprendre à mon compte le mot de Leonardo Acosta, qui decrit dans le notes de pochette le projet de Haden et du pianiste Gonzalo Rubalcaba : se plonger dans l’univers des boleros mexicains et cubains. Après « Beyond the Missouri Sky » en duo avec Pat Metheny, où les deux musiciens rendaient hommage à leur état natal, et « The Art of the song », où il faisait chanter Shirley Horn et Bill Henderson (et chantait lui-même « Wayfaring stranger »), Haden s’attaque à l’Amérique Latine.

   Il interprète deux de ses titres (« Moonlight », « Nightfall »), un de Gonzalo Rubalcaba (« Transparence »), neuf boleros issus du répertoire local : cinq cubains (« En la orilla del mundo » de Martin Rojas, « No te empeñes mas » de Marta Valdes, « Tres palabras » et enfin « Contigo en la distancia » de Cesar Portillo, et « En nosotros » de Tania Castellanos, ces deux derniers étant interprétés dans la continuité). A quoi s’ajoutent quatre morceaux de compositeurs mexicains (« Noche de ronda » de Maria Teresa Lara, « Yo sin ti » d’Arturo Castro, « Nocturnal » de Sabre Marroquin, et « El ciego » d’Armando Manzanero).

   Au contraire de son compatriote Ry Cooder, qui a remis en goût du jour le swing cubain en montant un groupe, Le Buena Vista Social Club, avec des vieux papys de Cuba, Haden est adepte du versant « smooth » des boléros. Pas de swing qui fait bouger vos pieds, pas de chant par des voix patinées au bon gros barreau de chaise qui se fume, mais des ballades nocturnes au piano, des rêveries sur lesquelles le sax est prié de ne pas trop en faire. Une autre idée de la musique mexico-cubaine, avec une mélancolie peut-être moins introvertie que dans les interprétations de filins, de canziònes ou de mambos.

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Jean-Marc Grosdemouge

Charlie Haden « Nocturne », 1 CD (Verve/Universal), 2003

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