Christian Gailly « Un soir au club »

   Prix Inter 2002 (beau retour des choses car la radio est plusieurs fois citée dans ce roman), Christian Gailly, disparu en 2013, réussit à écrire à propos du jazz et à la manière du jazz : tout comme certains jazzmen ont développé un style, reconnaissable entre mille, lui a su trouver une écriture singulière.

gailly un soir   On conseille de choisir un disque de Bill Evans pour lire ce roman dont lé héros s’appelle Simon Nardis. Ancien jazzman, ancien buveur, il a promis de ne plus toucher à la moindre bouteille ni au moindre piano, mais un déplacement professionnel en bord de mer et une sortie dans un club de jazz vont ruiner en quelques instants des années d’abstinence.

   Ancien saxophoniste mais aussi psychanalyste, Gailly a une façon bien a lui d’écrire comme un photographe règle sa focale : parfois le récit nous demande de nous fixer sur des détails, et parfois un personnage est flou, comme cette « femme fatiguée » que l’auteur ne décrira pas : les deux mots pour la nommer suffisent, elle restera un sujet flou, bord cadre.

   Le vrai anti-héros de « Un soir au club », c’est Simon Nardis, pianiste frippé et usé, qui goûte à nouveau au jazz après des annes de musique classique. Et goûte à l’amour, aussi. Et la femme que Gailly choisit de mettre en lumière, c’est Debbie Parker, la patronne du club.

   Comme dans le jazz, Gailly expose un thème, le développe, passe à un autre, fait parfois cohabiter des temps différents, toujours avec une recherche d’harmonie, pour emmener le lecteur dans cette ambiance un peu bizarre qui est la vie même. Et comme dans tout bon morceau de jazz, par la grâce du chat Dingo, on finit par une « note bleue », ce moment de grâce suspendu qui suit la dernière note de musique jouée.

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Jean-Marc Grosdemouge

Christian Gailly « Un soir au club », Editions de Minuit, 2004, 173 pages.

 

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