Le cinéma face à la maladie

Récemment, deux fictions cinématographiques sont venues traiter de la maladie : « 120 battements par minute » de Robin Campillo à propos du SIDA et « Petit Paysan » de Hubert Charuel à propos de la contamination du bétail et du principe de précaution sanitaire. Analyse.

L’argument de « Petit paysan »tient en peu de mots : Pierre est éleveur laitier, et l’une de ses vaches qui vient de vêler est atteinte d’une maladie inventée pour l’occasion, la FHD : fièvre hémorragique dorsale. On pourrait parler de la vache folle, de grippe aviaire ou de fièvre porcine, ce serait la même chose.

Le jeune éleveur sait que s’il prévient les autorités sanitaires tout son troupeau sera abattu selon le principe de précaution. Il va choisir de tuer lui-même la vache en priant pour qu’aucun autre cas ne se déclare dans son exploitation. « Tous étaient frappés mais tous ne mourraient pas » comme l’écrivait La Fontaine dans la fable « Les animaux malades de la peste ». Quand le film commence, on a tous envie de suivre le raisonnement de Pierre : mieux vaut tuer une vache et sauver les autres.

Les bêtes sont si attachantes et Pierre s’en occupe si bien. Il ne recourt pas à un robot, comme son ami et voisin Fabrice, qui est aussi plus riche que lui, mais suit la traite des vaches sur… son smartphone. A la fin, Pierre devra de toute façon laisser les vétérinaires (dont sa soeur, interprétée par Sara Giraudeau) abattre une à une les mammifères. Entre temps, on aura vu Pierre se gratter le dos jusqu’au sang après avoir lui-même contracté la maladie, refuser de politiser son combat (la séquence du détour en Belgique, chez un confrère qui a lui aussi été frappé par la FHD) et traiter le veau comme un animal domestique, qui a le droit de s’allonger sur le canapé familial.

Quand se termine le film, on est aussi prêt à admettre que même si abattre un troupeau est un crève-coeur, la santé humaine est primordiale. La vie des bêtes aussi. Ne pourrait-on pas faire encore mieux pour ces vaches, et pourquoi pas les laisser vivre en liberté : elles ne sont en somme que des robots laitiers ou des « choses vivantes » suivies à la loupe pour produire toujours plus de lait… Lait dont la consommation par l’homme est néfaste pour son estomac…

« Petit Paysan » a le mérite de ne pas asséner de thèse : le réalisateur se borne a présenter la tentative de pierre de sauver son troupeau, et par tous les moyens. A chacun de se faire son opinion. La lutte pour le bien être animal a fait des pas de géants en vingt ans, mais le combat commence à peine…

Le combat contre le SIDA, qui constitue une bonne partie de « 120 battements par minute » nous ramène, lui, un peu plus de vingt ans en arrière, aux débuts de l’association Act Up Paris. Et le propos est nettement plus politique… Le film présente la lutte des malades pour obtenir les trithérapies, au travers d’actions à la violence symbolique très forte, les zaps : jet de faux sang, manifestations de rue (Gay Pride, hommage en référence à la Commune de Paris après la mort de Jérémie, étudiant en histoire), jet de cendres de malades incinérés après leur décès (voir la dernière scène du film). Ce qui est mordant est que ces actions importées des Etats-Unis par Act Up sont aujourd’hui également utilisées par la Manif pour tous dans le combat qui se mène actuellement contre le lobby LGBT concernant le droit à la procréation médicalement assistée (PMA).

Un combat qui avait pour soutien Pierre Bergé, récemment disparu, ancien patron de « Têtu » qui n’hésita pas à défendre la GPA avec des propos nauséabonds : « louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? » Bonne question, sachant que Pierre Bergé n’a jamais été enceinte et n’a jamais travaillé à l’usine.

« 120 battements par minutes » présente à la fois des réunions hebdomadaire d’Act Up, où sont débattues les actions à mettre en place, le combat personnel des malades contre la maladies (chacun suit à la loupe son taux d’anticorps) et l’histoire d’amour de Nathan et Sean, le tout étant entrecoupé soit de gros plans de globules sur fond de musique électro planante (signée Arnaud Rebotini) soit de scènes de clubbing (mention particulière à la house de Mr Fingers). Lutter politiquement, lutter dans son corps, faire la fête : tout se mélange. Tous ne mourraient pas, mais tous étaient frappés : dans l’association, qu’on soit biologiquement séropositif ou pas, chacun assume publiquement d’être séropo.

Réelle ou pas, la séropositivité est bien la seule chose qui réunisse tout le monde, car sinon, c’est comme au pays de Candy : il y a les méchants et les gentils. les labos mentent forcément quand ils communiquent, et quand des intellectuels publient des livres qui ont le malheur de déplaire à Act Up, on n’appelle pas à les brûler en place publique, mais à coller des avertissements dessus. On frôle le terrorisme intellectuel. Se dire séropo sans l’être, c’est comme porter une étoile jaune sous l’occupation alors que l’on est pas Juif : le logo d’Act Up, un triangle violet, est une référence à celui que les homosexuels devaient porter dans l’Allemagne nazie.

De même que le drame de la Shoah, que l’on ne peut que déplorer, a contribué à accélérer le mouvement sioniste, le nécessaire combat des LGBT pour obtenir que les laboratoires pharmaceutiques accélèrent la mise sur les marché des molécules pour soigner les séropositifs, pourrait servir de trauma historique à mettre en avant pour obtenir la PMA après le mariage pour tous. A l’heure où le fondateur d’Act Up Didier Lestrade menace de répandre faire répandre ses cendres sur Hidalgo et Delanoé si un centre d’archives LGBT/sida ne voit pas le jour à Paris, c’est le sens que l’on peut donner en filigrane à la sortie de ce film.

Peut être « 120 battements par minute » n’est-il qu’un film qui veut rappeler le drame du SIDA et inciter les plus jeunes générations à se protéger. Mais pourquoi se focaliser sur cette association de malades, alors qu’il en existe d’autres à la communication plus policée, aux méthodes moins musclées ? L’histoire jugera.

Jean-Marc Grosdemouge

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