"Classic Albums : Nirvana ’Nevermind’"

   Un documentaire retrace l’histoire de « Nevermind », pierre angulaire du grunge, de la déprime adolescente des années 90, et du rock en général.

nirvana dvd   Il s’appelle Spencer Elden. Il a dans les quatorze ans, il est américain. Il est blond, et l’on imagine que quand il rentre de l’école, il joue au basket ou fait du roller, regarde la télé, joue aux jeux video et écoute de la musique. Peut être du rap. C’est un gamin comme les autres. Sauf que… c’est lui le bébé de la pochette de « Nevermind », album de 1991 vendu à des millions d’exemplaires depuis, et bombe sonore qui symbolise à elle seule le mouvement grunge éclos du côté de Seattle. C’est ce baigneur potelé et non un rockeur à chemise de bucheron qui personnifie cette révolution musicale au « teen spirit » qui avait pour porte-drapeau Kurt Cobain. Un porte-parole involontaire semble-t-il, dépassé par les événements, et qui, bien que père (il a eu une fille avec Courtney Love) a mis fin à ses jours en 1994.

     On ne sait pas si Spencer écoute cet album où on le voit, dans l’eau azur d’une piscine, nager derrière un billet d’un dollar accroché à un hameçon. Mais pour tous ceux qui étaient ados au début des années 90, et pour tous ceux qui l’ont découvert ensuite, ce documentaire sur l’album est une aubaine : pensez donc, on va pouvoir en savoir plus sur ce monument de rage travaillée à la manière pop. On arpente donc les rues d’Aberdeen, la ville où est né le groupe, puis l’on découvre les gens de Sub Pop, le label de Jonathan Poneman (présent à l’écran) nous raconter la naissance de cet album, sorti chez Geffen (Gary Gersh témoigne). D’ailleurs, si Nirvana, groupe pétri d’éthique punk a signé sur la major c’est parce que l’un de ses groupes favoris, Sonic Youth, en faisait partie. On voit donc Thurston Moore apporter son témoignage à ce récit filmé. Mais le plus fameux, c’est d’écouter Butch Vig, producteur de cet album au son énaurme, nous raconter, derrière sa table de mixage, comment il a élaboré ce son qui a fait le tour de la planète. Nous faisant écouter telle ou telle piste séparément, il dissèque la création des titres « Come as your are », « Polly », « Lithium », ou « Smells like teen spirit » : ici, il y a des harmonies vocales avec la voix de Dave Grohl, ici il y a cinq pistes de guitare (dont une appelée « super grunge »), ici on a dédoublé la voix de Kurt, ici il reprend le chant trop tôt mais on a gardé cette prise quand même.

     Il est impossible, si l’on a été eu moins de vingt ans en 1991, de ne pas avoir un peu de nostalgie en voyant que le temps a passé (Krist Novoselic, qui témoigne, a un peu plus grossi que Dave Grohl), mais ce documentaire donne envie de réécouter cet album en y prêtant encore plus d’attention. Quant à Spencer, une recherche sur Internet nous apprend que pour lui, la pochette de « Nevermind » n’est pas une expérience unique : il figure sur la pochette du disque de Skinny Puppy « The Dragon Experience ». Habillé cette fois.

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Jean-Marc Grosdemouge

« Classic Albums : Nirvana ’Nevermind’ », 1 DVD (Eagle Vision), 2005

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