Collection de défauts

   Je suis un putain d’orgueilleux.

   Tellement que je collectionne les défauts, comme d’autres les disques, les tableaux de maître ou les vignettes Panini. Je les épingle comme des papillons exotiques, dans des vitrines en acajou verni. Chacun a sa taille, sa couleur, ses détails. Comme orgueilleux, les défauts en « eux » forment un bataillon compact : curieux, luxurieux, envieux, obséquieux, paresseux.

   J’ai une tendresse particulière pour les « eur » : emmerdeur, arnaqueur, embrouilleur et les « an » : gourmand, fainéant. La rime é est un boulevard du crime : compliqué, rusé, madré, désorganisé.

 Bordélique dit la même chose, et sonne comme une maladie, tout comme « égocentrique », anorexique ou « rachitique ». Je ne sais donc si je peux le classer dans les défauts, ces défauts dans lesquels j’aime me vautrer ou dans les troubles du comportement dûment estampillés par le science et les docteurs en blouse blanche. Vite (je suis impatient), tournons donc à droite rue des « ard »… vous apercevez ici bavard, et son ami vantard, suivi de roublard. N’oubliez pas le guide, il est payé au pourboire.

  Plus loin, il y a mesquin, radin, mais nous n’aurons pas le temps de nous en rapprocher… Je suis tellement orgueilleux qu’il me plait de savoir que je peux convoquer chacun de ces défauts dans mon comportement de chaque jour.

  J’ai même une petite réserve de défauts dont la sonorité est rare, c’est ma peu ma coquetterie suprême : quel plaisir de se dire véléitaire ou taciturne. Même si on ne l’est pas, on a envie de s’en revendiquer, juste pour le plaisir du mot, de l’énoncer : j’ai un penchant taciturne, je suis un peu véléitaire sur les bords. « Pisse froid » sonne merveilleusement, mais je n’en veux pas pour moi, désolé. Tout comme « peine à jouir ». Mais je suis très jaloux. C’est sympa cette sonorité en « ou » qui rappelle le loup garou et dit si bien à quel point mon affect me mène par le bout du nez.

   « Maladroit » , « distrait » ont peu de concurrents… à part discret, mais c’est une qualité semble-t-il, la discrétion. Pardonnez moi je m’égare, c’est l’un de mes plus grands défauts. J’ai encore envie de citer pingre, non pas que je le sois, mais il rime avec peu de défauts… et je fuis ceux qui le sont. Pingre, dans la sonorité et dans l’esprit, c’est un cousin de « aigre » mais il n’a pas de frère de peine. On est pingre et c’est tout. Je n’aime pas être hypocrite bien que le mot soit un peu d’une tournure rare. La tête me tourne à force de déambuler dans ce dédale de mes synapses, encombrés de mille qualités longuement perverties par les ans. Oui, derrière chaque défaut il y a une qualité qui a été détournée du droit chemin. Je me la raconte, je fais celui qui sait. Et je vais finir cet texte par une fausse épanadiplose.

   Je suis un putain de snob.

Jean-Marc Grosdemouge

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