Daran "Pêcheur de pierres"

   Retour gagnant pour Daran, sans ses Chaises (le nom de son précédent groupe), mais avec toujours autant de talent. Et un nouveau parolier, Pierre-Yves Lebert.

daran cd   Il faut que je vous dise : Daran et moi, même si l’intéressé ne le sait pas, c’est une longue histoire. A vingt ans, comme beaucoup, j’ai découvert Daran et les chaises dans l’émission de Maurice. Ayant craqué sur l’album « Huit barré », et animant moi-même une émission hebdo sur une FM de Besançon, j’avais instauré la rubrique « le Daran de la semaine ». Si on a bien déclaré à la Sacem à chaque fois qu’on t’a diffusé, j’ai droit à une place dans ta voiture, Jean-Jacques. Trêve de plaisanterie. Cet amour pour « Huit barré », qui m’a quand même poussé à visiter un village perdu de la Côte d’Or nommé Perrigny-sur-l’Ognon pour aller voir mon chanteur favori du moment, ne m’a pas empêché de lâcher l’affaire ensuite. J’ai oublié, j’avoue, d’aller acheter les deux albums suivants, et je crois que je n’ai pas été le seul.

   Et revoilà Daran qui déambule dans ma vie. Il a les cheveux courts et un nouvel album. Dès que celui-ci commence, avec « La pop music » (et la question : « Vous n’avez pas l’impression de vous être fait arnaquer ? »), je ne regrette pas d’avoir soutenu Daran jusqu’à plus soif en 95. La chanson démolit gentiment toute l’industrie (« un pas en avant, deux pas en arrière / bientôt un revival de l’année dernière / remixes de best of / greatest hits remasterisés / on fait semblant d’avoir tout oublié / on fait semblant d’être toujours étonnés »). C’est un régal. On est pris par l’envie d’aller louer un sound system monté sur un camion pour aller jouer la chanson devant le 1 quai du Point du Jour à Boulogne sur Seine ou au 89 avenue Charles de Gaulle à Neuilly. C’est là, en effet, que les tandems Le Lay-Mougeotte et De Tavernost-Valentin décident de quelle pétasse deviendra star. Mais oublions les requins de la télé. Daran est le même qu’avant : des histoires simples de gens ordinaires (jouer au millionnaire, prendre un train de banlieue, « rêver de rien »), des guitares, de l’énergie, du sens.

   Hormis une reprise de Léo Ferré (« Avec le temps ») et un texte de Miossec (« L’amour et l’air »), les textes sont de la plume du scénariste Pierre-Yves Lebert (« Rien ne m’y oblige » et « La haine au bois dormant »), cet album est l’occasion de superbes arrangements (aériens sur « Trains quotidiens » qui évoque pourtant les tunnels du RER, « pêcheur de pierres »). C’est aussi du rock rocailleux (« casse tête ») ou bien léché (« La haine au bois dormant », « Gyrophare ») pour textes mal léchés… C’est bien lui, Daran avec sa voix un peu bluesy et qui sait partir dans des hauteurs incroyables. Dans le métier, Daran a abandonné son prénom, Jean-Jacques, parce qu’il y en a déjà un… Goldman. Daran, ce n’est pas « Chansons pour les pieds ». C’est mieux.

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Jean-Marc Grosdemouge

Daran « Pêcheur de pierres », 1 CD (East West/Warner), 2003

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