David Brun-Lambert "Boys in the band"

   Les mythes du rock font de beaux objets de fiction littéraire : après Jerry Lee Lewis (« Hellfire » de Nik Tosches) et Johnny Cash plus récemment (« J’ai appris à ne pas rire du démon » d’Arno Bertina), c’est aux Libertines de devenir les héros d’un roman.

d bun lambert   Attention : cette fiction peut contenir de vrais morceaux de réalité dedans. En quelle quantité ? Le romancier, déjà auteur d’une biographie de Nina Simone et co-auteur du « Electrochoc » de Laurent Garnier (voir notre article) ne nous le dit pas. Mais on ne peut pas décrocher de ce livre, dans lequel un certain Carl se remémore les mille frasques de sa vie passée au sein d’un groupe formé avec un certain Peter, un ingérable qui se came avec tout ce qui s’injecte ou se sniffe. Le roman s’ouvre alors que le narrateur fait seul la promotion du deuxième album après le départ de son acolyte.

   Page après page, il digère sa rancœur et revit les moments forts de la carrière éclair d’un groupe passé quasi-instantanément des concerts miteux dans des squatts aux tournées marathon avec groupies prêtes à tout pour coucher avec un rockeur (voire deux) et des galères aux couvertures des magazines. Voilà une belle variation sur le thème « sex, drugs and rock’n’roll », mais pas seulement puisque derrière les figures charismatiques des artistes apparaissent bien souvent des hommes plus fragiles qu’il n’y paraît. Un tel livre sur la perte de l’innocence aurait en tout cas mérité un vrai correcteur, capable par exemple de décoquiller la page 19 (« Mais qu’est-ce qu’il s’imaginait ? Que je ne verrai rien de ses manœuvres. ? ») ou la page 116 (« l’employé du label chargé de me l’annonçait »).

  S’il reprend grosso modo la trajectoire réelle des Libertines et que les épisodes marquants du groupe y sont évoqués (la tournée sans Pete, sa cure de désintox, l’appartement de Carl cambriolé par Pete, condamné à deux mois de prison, puis l’enregistrement du deuxième album, avec des vigiles en studio pour les empêcher de se foutre sur la gueule), « Boys in the band » se termine sur une note poétique dont on ne sait absolument pas si elle est inventée ou non.

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Jean-Marc Grosdemouge

David Brun-Lambert « Boys in the band »
Editions Denoël, 2007

 

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