Deleuze rockeur

Si le rap a popularisé le terme de featuring, la pratique existe depuis longtemps. La preuve avec ce titre ultra-underground signé Richard Pinhas (le groupe Heldon), sur lequel le philosophe Gllles Deleuze vient réciter du Nietzsche.

Et pas n’importe comment : en rythme, avec une belle scansion. Du slam avant l’heure. Les fleurs du bien. Un truc qui réconcilie tout le monde avec l’épreuve de philo du bac.

Jean-Marc Grosdemouge

Titre en écoute : Heldon « Le voyageur »

« Qui est parvenu ne serait ce que dans une certaine mesure à la liberté de la raison, ne peut rien se sentir d’autre sur terre que Voyageur. Pour un voyage toutefois qui ne tend pas vers un but dernier car il n’y en a pas. Mais enfin, il regardera les yeux ouverts à tout ce qui se passe en vérité dans le monde. Aussi ne devra-t-il pas attacher trop fortement son coeur à rien de particulier. Il faut qu’il y ait aussi en lui une part vagabonde dont le plaisir soit dans le changement et le passage. Sans doute, cet homme connaîtra les nuits mauvaises où pris de lassitude, il trouvera fermée la porte de la ville qui devait lui offrir le repos. Peut être qu’en outre, comme en Orient, le désert s’étendra jusqu’à cette porte, que des bêtes de proie y feront entendre leur hurlement, tantôt lointain, tantôt rapproché, qu’un vent violent se lèvera, que des brigands lui déroberont ses bêtes de somme. Alors, sans doute, la nuit terrifiante sera pour lui un autre désert, tombant sur le désert, et il se sentira le coeur las de tous les voyages. Dès que le soleil matinal se lève, ardent comme une divinité polaire, que la ville s’ouvre, il verra peut-être sur les visages de ses habitants plus de désert encore, plus de saleté et de fourberie et d’insécurité que devant les portes. Et le jour, à quelque chose près, sera pire que la nuit. Il se peut bien que tel soit à quelque moment le sort du Voyageur. Mais pour le dédommager viennent ensuite les matins délicieux d’autres contrées, nés des mystères du premier matin. Il songe à ce qui peut donner au jour entre le dixième et le douzième coup de l’horloge, un visage si pur, si pénétré de lumière, de sereine clarté qui le transfigure. Il cherche la philosophie d’avant midi. » Friedrich Nietzsche, extrait de « Humain, trop humain », Tome 1.

 

 

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