Deleyaman, étrangeté poétique

DISQUE DU MOIS (FEVRIER 2017)

0008521273_10Septième album pour le groupe Deleyaman, qui depuis quinze ans puise à la même source : les origines arméniennes d’Aret Madilian, l’envie de faire de la world music avec des instruments traditionnels mais aussi des programmations modernes, un gout pour les ambiances feutrées et la recherche de la poésie à tout prix. Mais sans chercher le moins du monde à se renier. Un petit « grand groupe » futur ou un déjà un grand « petit groupe » ? Qu’importe… il y a ceux qui ont la chance d’avoir croisé le chemin de Deleyaman, et les autres. A vous de choisir.

Il est des concerts qui se méritent : il faut parcourir de petites rues, franchir une porte quasi anonymes, avancer dans le froid de l’hiver. C’est en 2003 que j’ai découvert Deleyaman, époque « 2 ». A ce moment, je chroniquais pour le défunt site m-la-music.net. Après écoute du disque et coup de coeur immédiat, naturellement suivi d’un papier laudateur, je me rendais pour la première fois à la Menuiserie de Pantin, pour y entendre ce groupe de world moderne, basée sur des programmations, aux accents arméniens (Le duduk) dont la voix féminine, Béatrice Valentin, évoquait celle de Lisa Gerrard, soit un chant empreint de mystère, de fumerolles d’encens et d’une certaine exigence pop.

Les années qui ont passé ont permis au groupe de poursuivre sa carrière et j’ai pu de mon côté continuer à accueillir chaque naissance d’un cd, par un faire part sous forme de chronique à destination de mes lecteurs. J’ai découvert Deleyaman bien avant Facebook, bien avant Spotify, presque la préhistoire, cette époque où l’on s’écrivait encre souvent à des adresses postales même si on avait déjà des e-mails. Grâce aux réseaux sociaux, on ne perd plus jamais la trace des gens et la correspondance avec Aret Madilian, homme-orchestre et âme « en chef » de Deleyaman, et c’est ainsi qu’après une cordiale invitation, j’ai pris la direction de l’île st Louis. Là encore, Aret Madilian a choisi un cocon, petit, et confortable, pour déployer la poésie de Deleyaman : il faut bien cela pour installer ces chansons précieuses, nimbées de synthés vaporeux, de percussions traditionnelles, et de duduk. On se dit que, mal joue, cette flûte taillée dans du bois d’abricotier peut être le summum du mièvre. Mais quand c’est une belle âme comme Gérard Madilian qui souffle, on est immédiatement transporté.

Les ambiances évoquent parfois the Cameleons (« Silence ») et les guitares carilonantes celles de Robin Guthrie, qu’Aret connait d’ailleurs. Tout comme Brendan Perry (Dead Can Dance) qui vient en ami collaborer sur le dernier album « The lover, The stars & The citadel ». Un album qui convoque à la fois les fantômes de Paul Eluard (« L’amoureuse »), de Pierre de Marboeuf (« La mer et l’amour ») mais lorgne aussi la cold wave (« Secret treasures »). A ses débuts, Deleyaman semblait de la world music cotonneuse et ésotérique. Les années passant, son univers s’élargit, le français s’ajoute aux langues de Shakespeare et d’Aznavour, et le groupe est toujours aussi inclassable, mais pour des raisons différentes. Deleyaman aime jouer dans de petits lieux, mais il a de quoi remplir de grandes salles. Vous savez ce qui vous reste à faire : tout simplement oser faire une grande découverte.

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« The lover, The stars & The citadel », 1 CD, 2016, TTO Records.

Infos : https://soundcloud.com/deleyaman/sets/the-lover-the-stars-the

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