Denis Bortek : "Le Velvet est la bande originale de ma vie"

   Dans une France encore si marquée par les débuts yé-yés du rock, il y a peu de rockeurs vraiment à part. Depuis les départs de Jacno, Daniel Darc, et la disparition d’Alain Kan, Bortek, créateur du groupe Jad Wio avec son alter ego K-Bye, est même le dernier à suivre sa ligne, sans en dévier, éconduisant ceux qui veulent l’en détourner. « Certains me disent : tu veux jouer dans la cour des grands ? mais ils veulent me changer » explique Denis Bortek.  Qui inaugure cette rubrique « Mes Epiphanies » (on ne pouvait rêver meilleur parrain) et nous livre ses choix de livres, d’album et de films. Singuliers, ça va de soi.

LIVRES

    « Le Maître et Marguerite » de Mikhail Boulgakov : c’est un truc que j’ai lu il y a un peu plus de vingt ans, parce que Marianne Faithfull l’a fait lire à Mick Jagger et ça lui a inspiré « Sympathy for the devil ». Je sais que ça a aussi inspiré « Champagne » à Jacques Higelin. Moi, après l’avoir lu, j’ai fait l’album « Monstre-toi ». C’est un bouquin fantastique, truculent, très drôle : le diable débarque à Moscou, il cherche une reine du bal. il la cherche partout, elle doit s’appeler Marguerite. Ils mettent la ville sens dessus dessous. A l’époque de Staline, Boulgakov ramait comme un beau diable parce qu’il ne faisait pas partie des auteurs officiels. Certaines scènes ont dû influencer « Le livre de la jungle » de Disney : à un moment on voit un ours qui se tape sur le ventre et fait de la musique, on pense à Baloo. Je crois que tous ceux qui l’ont lu y ont trouvé de quoi faire eux-mêmes quelque chose : c’est un livre très inspirant.

    « Les Bébés de la consigne automatique » de Murakami Ryu. Pour moi, c’est un gros morceau. C’est la vie de deux frères, enfants abandonnées dans une consigne automatique dans le Japon des années 60. Ils ont donc la quarantaine dans les années 2000. C’est le parcours déjanté de ces enfants, et on sait qu’il y a une quarantaine d’enfants qui ont été abandonnée comme ça à cette époque. Ils vont en institution puis dans une famille. L’un va devenir champion de perche, l’autre rock star. ils sont vraiment destroy, nihilistes, et ça se termine mal. Il y a quelques années, la secte Aum avait répandu du gaz moutarde dans le métro, et la fin, c’est un peu ça… ils vont dans un ancien site nucléaire et font s’échapper les matières toxiques pour tenter de tuer tout Tokyo. La maltraitance est transformée en truc artistique, mais ça peut aussi se transformer en truc vraiment négatif. (rires)

    « Les Versets Sataniques » de Salman Rushdie. Je l’ai lu l’année dernière. Je me suis toujours demandé pourquoi ce mec s’est pris une fatwah, je voulais comprendre. Vraiment c’est brillantissime ! C’est un homme des Lumières. Comme pour les deux précédents livres, ce sont des pavés et il y a une trame narrative riche, avec plusieurs histoires qui se rejoignent. Il y a aussi du roman historique dans ce livre, sur l’intégration des Indiens par la Grande Bretagne. C’est un constat social, une satire très drôle. Et Rushdie est un homme lumineux, d’une grande intelligence , cultivé : ça fait peur aux obscurantistes imbéciles.

ALBUMS

    The Rolling Stones « Through the past darkly ». C’est une compil que m’a offerte ma mère à Noël en 1970. A l’époque les groupes font essentiellement des singles, donc ça regroupe tous ces singles. Il y a d’autres albums qui sont sortis à cette époque, je ne sais pas pourquoi je me suis retrouvé avec ça… Ma mère a choisi pour moi. J’avais un 45 tours de Stones que j’avais gagné dans une station service Esso sur lequel il y avait une reprise de « Everybody needs somebody to love » et j’aimais bien. Son achat a surement été influencé par ça. C’était un disque au format octogonal : les coins étaient coupés. Ça m’a marqué parce que c’tait beau et puis on les voyait en photos, cheveux longs;, on savait pas bien si c’étaient des filles ou des garçons.

    The Beatles « Abbey Road » : Je l’ai reçu en cadeau en même temps que le précédent. C’était l’album du moment des Beatles. J’aimais autant les Stones et les Beatles dès mon enfance et après je n’ai plus écouté (rire). Ça reste mon album préféré. Il y a peu, j’ai lu « En studio avec les Beatles » de Geoff Emerick qui était leur ingénieur du son et je me suis retapé « Revolver », « Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band »,  quarante ans après, alors que je ne les avais jamais réécoutés. « Sergent Pepper », j’en jetterais la moitié, c’est chiant. « Revolver » c’est mieux. Mais « Abbey Road » c’est le meilleur : au niveau du son son c’est top ! (c’est le premier en 8 pistes), et puis il y a la façon dont la face A et face B s’enchaînent…

    The Velvet Underground « The Velvet Underground and Nico » : En 1973, je découvre Lou Reed dans la revue « Rock and Folk » et ça me plait. De fil en aiguille, je découvre le Velvet. Ce groupe, c’est la bande originale de ma vie. J’ai adoré tout de suite et ça m’accompagne encore. Je n’écoute pas de musique moderne, mais ça oui ! J’écoute beaucoup de musique sixties : j’aime le son, les ambiances.

FILMS

    « Freaks » de Tod Browning. C’est de la même époque que Jacques Tourneur, qui a fait « L’homme léopard » ou « La Féline ». J’ai découvert « Freaks » de Browning il y a longtemps. c’est étonnant, incroyable. C’est un cirque qui n’a pas d’animalerie mais des humains accidentés de la vie, qui font des numéros. Et au milieu de ça, tu as deux humains « normaux » qui se moquent de ces monstres, les prennent en dérision. Ce sont un peu les dieux… enfin les borgnes-rois au milieu des aveugles (sourire)… La revanche des freaks va être redoutable. C’est monstrueux mais c’est fort.

    « Eraserhead » de David Lynch. C’est un cinéaste et un film singuliers, là aussi. Dans tout ce que j’ai choisi, il y a ce rapport au singulier, à la différence. Et j’aime bien qu’elle soit bien marquée. Si j’ai affaire un univers qui est différent de celui du commun des mortels, ça me touche.

    « Blade Runner » de Ridley Scott. C’est un peu le classique référent. Je suis obligé de le citer sinon on va me dire « qu’est-ce que t’as fait de Blade Runner ? » Et je suis en attente de la suite, qui est annoncée. Ce que j’aime, c’est les Replicants, ces créatures qui se retournent contre leur créateur : « là t’as déconné, tu m’as mal conçu ». C’est une parabole de l’homme et dieu. Je suis agnostique mais je trouve pas mal l’idée de pouvoir demander des comptes en direct. Et puis créer des humanoïdes super résistants, je crois qu’on va y arriver. Mais la musique Vangelis, j’ai toujours eu du mal. Ça colle avec avec l’univers du film, mais c’est pas ma tasse de thé (rire).

propos recueillis par Jean-Marc Grosdemouge

Jad Wio en concert les 12 et 13 février au Supersonic (9 rue Biscornet, 75012 Paris Métro Bastille)
https://www.facebook.com/supersonicbastille/

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