Les énigmes poétiques de Babouillec SP

babouillec   Tous les grands auteurs ne voient pas leurs livres exposés en tête de gondole dans les grande surface, fussent-elles culturelles ou non. La preuve : qui connait Hélène Nicolas alias Babouillec SP ? SP pour sans paroles ; Helène a une trentaine d’années, ne parle pas, n’est allée à l’école que pendant six mois, en maternelle, n’a jamais appris à lire et écrire mais elle écrit des choses qui tiennent la dragée haute aux plus grands esprits du siècle.

   La demoiselle est autiste, se sert de lettres sur carton plastifiées, rangées dans un coffret en bois, et pioche, pioche pour aligner des phrases d’une profondeur vertigineuse. Avec Babouillec, Wittgenstein et Artaud tapent la discute en écoutant Bashung ou Detroit, le dernier projet de Bertrand Cantat, dont Hélène est très fan. Ca va très loin au niveau des idées, et en même temps, ce film nous présente une jeune femme qui se marre en permanence, ne prononce aucune parole, mais vit entourée des siens, et notamment de sa mère, une femme admirable qui a cherché à la stimuler, en cherchant la clé de son monde…

   Les mots sont venus déjà, ils sont tellement puissants qu’on les édite, on en fait des spectacles présentés et acclamés à Avignon, la presse en parle. Et quand Babouillec aura trouvé le chemin de l’oralité, attendez vous à des étincelles ! Le monde est-il prêt à recevoir son message, à ENTENDRE ce qu’elle à dire ? Nous oui, et comme le mathématicien Laurent Derobert, inventeur des mathématiques existentielles, qui a demandé et obtenu audience avec Babouillec, on est prêts à faire le grand saut dans ses équations poétiques sur la vie, ce grand mystère qu’est l’être humain, et le cosmos.

   On a parfois les larmes aux yeux en visionnant le documentaire de Julie Bertucelli, et c’est tout ce qu’on vous souhaite ; pouvoir être émus par ce qui se passe dans le corps et la caboche de Babouillec. Derrière son sourire, se résolvent peut être énigmes qui sont d’une beauté folle. Coup de coeur pour le film et pour cette jeune femme qui en est le coeur battant de mots.

Jean-Marc Grosdemouge

« Dernières nouvelles du cosmos » de Julie Bertucelli, 2016.

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