DJ Shadow "Endtroducing"

   Après que l’on ait gavé pendant des années ses oreilles de disques gorgés de guitares sur CD (rappelez vous Dire Straits associé à la communication de Philips autour du CD, support de l’avenir), les années 90, par le biais de Massive Attack ou Portishead, nous ont appris à aimer le disque vinyle. Tout juste deux ans après la sortie de « Dummy », un certain Josh Davis, Californien de vingt-trois ans, allait encore plus loin en enregistrant le premier disque entièrement composé de samples.

dj sh   C’est bien ce qui fait l’originalité de cet album : de bout en bout, il n’y a pas le moindre instrument sur « Endtroducing ». Mais une phrase dans le livret qui résume bien l’ambition du disc jockey de l’ombre : « This album reflects a lifetime of vinyl culture ». Le label du jeune James Lavelle, Mo’ Wax, (dont personne, à l’époque, n’aurait cru qu’il puisse partir en quenouille et se retrouver limite ringard dans les années 2000), publie l’album de ce grand collectionneur de disques.

   La pochette est une photographie de l’intérieur du magasin de disques préféré de Davis, magasin que l’on peut d’ailleurs voir dans le documentaire « Scratch ». Le vieux monsieur propriétaire des lieux y explique d’ailleurs que Davis est l’un des rares clients à avoir accès à la cave de l’établissement, qui regorge de pépites. Muni de son tourne-disques, il y passe des heures à fouiller, et revient ensuite à la surface avec sa pèche miraculeuse du jour. Dan The Automator (producteur de Gorillaz ou Deltron 3030) produit cet opus, que la presse a eut tôt fait de classer trip-hop par pure paresse. Shadow quant à lui a toujours préfèré parler d’abstract hip hop ou ou tout simplement de hip hop instrumental. Il parait que quand DJ Shadow sample un disque, la cote de celui-ci grimpe de cinquante dollars sur le site de vente Ebay. Il parait aussi que DJ Shadow a 700 000 disques chez lui. Tout cela est invérifiable.

   En revanche, ce que j’ai vu de mes yeux vu c’est qu’en tournée, la caisse de vinyles de Josh Davis n’est pas rangée dans la soute à bagages du bus, mais qu’elle voyage en cabine, comme le joyau qu’elle est. Car si vous volez sa guitare à un rocker, malgré la perte sentimentale qu’elle représente, rien n’empêche le musicien de remplacer son instrument. Difficile en revanche de reconstituer une collection de disques élaborée pendant des années et des années de recherches, et fruit d’une immense culture musicale. C’est cette culture qui est à l’oeuvre ici : elle se fait foisonnante, inventive, technique et créative. La manière que Shadow a de sampler Björk (« Mutual slump ») ou Tangerine Dream (« Changeling ») pour former cette oeuvre hybride est unique. « Endtroducing » est un retour vers le futur fort actuel : il synthétise non seulement les années 90 qui l’ont vu naître, mais aussi les trente ou quarante ans qui l’ont précédé. Swing martial ou beat mutant, danse des nombres, don d’orgues, rêve d’un minuit dans un monde parfait : DJ Shadow condense tout un monde en treize plages.

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Jean-Marc Grosdemouge

DJ Shadow « Endtroducing », 1 CD (Mo’Wax/Source), 1996

DJ Shadow en concert à Paris (L’Elysée Montmartre) le 20 juin 2017 : infos

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