Dominique A : rien ne sera comme avant

   Fin février. Dominique A assure la promotion de son nouvel album, « Tout sera comme avant ». Non pas dans les locaux de Labels mais de son tourneur (L’Olympic). Le changement de lieu a été décidé dans la journée. Dominique A a en effet appris que sa maison de disques, qui est aussi celle de Françoiz Breut, a rendu son contrat d’artiste à la chanteuse, qui est son ex-compagne et la mère de son fils.

   Mais si Dominique A en veut à l’industrie du disque, il fait bonne figure face aux journalistes. On prend un verre, on pose l’enregistreur entre nous, sur la table, et le Nantais attaque sa dernière interview de la journée. Propos recuillis par Jean-Marc Grosdemouge

Epiphanies : L’autre jour, avant de recevoir « Tout sera comme avant », j’ai réécouté ton premier disque « La fossette ». Quand on compare les deux disques, quelle différence ! Toi qui est qualifié de « chantre du murmure » dans ta biographie, a maintenant un chant ample. Vois-tu ça comme une évolution ou une révolution copernicienne ?

Dominique A : C’est une évolution. Entre « La Fossette » et « tout sera comme avant », il y a eu plein d’albums : ceux que j’ai écoutés, ceux que j’ai fait. C’est douze ans de vie. Si tu mets les deux albums en relation, à part l’écriture, qui s’est un peu densifiée, ce qui change, c’est l’arrangement. C’est ça le plus gros truc : la façon de faire les choses. Le fond change-t-il vraiment ? Le propos ? Ce qui se raconte dans le chansons ? Je ne sais pas… Il ne me semble pas que ce soit très éloigné. L’idée du coffret « Le détour », quand j’ai commencé à organiser le tracklisting, c’était de montrer que tout se rejoignait, tout se répondait. Je peux trouver des correspondances entre le premier et le dernier album.

En l’occurence, pour ce dernier l’album, le déclic a été l’écoute de « L’imprudence » de Bashung ?

J’avais envie de travailler avec Jean Lamoot (le producteur, NDR), de me confronter à cette imagination (sourire). Il y avait quelque chose que je trouvais génial de bout en bout : une approche du son, des arrangements que je trouvais vraiment formidable, et qui en même temps, ne renvoyait pas à mes disques de chevet. J’étais fasciné : il y a d’autre musiques encore ? (rire) Je trouvais que ça ne ressemblais à rien, si ce n’est à Ferré, avec une approche sonore très contemporaine, très bristolienne, avec les rythmiques heurtées. Je me suis retrouvé à travailler avec le collectif Gecko, dans lequel Jean Lamoot représente un tiers. Il fallait accepter ça. Quand on m’a expliqué qu’il travaillait non plus seul mais dans ce groupe de trois, je me suis dit que j’irais voir ailleurs…

Tu as eu un moment de recul ?

J’ai eu plus qu’un moment de recul. Et puis, j’ai accepté de les rencontrer, vu qu’eux étaient OK pour me rencontrer. Ne pas le faire aurait été trop bête. L’idée d’être face à trois personnes qui se connaissent bien me faisaient craindre qu’ils cherchent à bouffer mon truc. Quand ça ne va pas me plaire, est-ce que je vais me retrouver seul à discuter le bout de gras face à trois mecs qui vont se regarder entre eux en rigolant ? Je me suis dit : les ennuis commencent, je vais avoir la position de l’emmerdeur. Et ce n’est pas un rôle que j’affectionne, ce n’est pas comme ça que je conçois les rapports. Je ne donne rien de bien dans les conflits, je me renferme. J’avais cette appréhension. J’ai passé quelques heures avec eux, ils m’ont fait écouter des choses qu’ils avaient faites. Ils m’ont proposé de faire un essai avant de me décider, en me disant « si ce qu’on te propose te plait, allons plus loin, sinon, au revoir monsieur ». Pendant, l’été, cette saison inutile – c’est discours de riche ça (rire), je les ai laissés mariner avec mes chansons. Début septembre, ils avaient six chanson à me faire écouter. Là encore, j’ai eu un moment de recul. Cela s’est fait en deux temps. Il faut dire qu’il y avait de trucs super et des trucs merdiques. « Revenir au monde », par exemple, c’était un truc jazzy à la Jonasz. J’ai cru qu’on n’allait pas se comprendre. En même temps, « Dobranov » était là presque dans sa version finalisée. Les Gecko se cherchaient, il me cherchaient aussi. Mais on s’est trouvés assez facilement : j’ai mis sur le tapis tous les problèmes avant qu’il ne se posent, ce qui a annulé tous les conflits possibles.

La manière de procéder, c’était de leur confier une maquette, ils vont au bout du truc sans frein, sachant qu’au bout c’est « je prends tel quel » ou « je refuse en bloc », mais pas de négociation sur le mode « on enlève ça », on « garde ça »..

Je ne voulais pas pinailler. Il faut prendre le morceau en bloc ou pas. Si en studio, il y a quelque chose qui t’emm…, tu le dis, mais au moment où l’on conçoit le titres, les quelques scories que tu n’aimes pas, tu les laisses passer. Le problème, c’est que parfois tu peux te focaliser sur des détails qui te parasitent l’écoute à un point que tu n’imagine pas. Si pendant dix secondes, un son de guitare ne te plaît pas, tout le morceau est remis en cause. Je ne repartais jamais chez moi avec les maquettes. Je ne voulais pas me pourrir la vie en permanence en écoutant ce qu’ils étaient en train de faire.

Sinon, tu es trop dans le processus.

Oui, et puis c’est leur popote, leur tambouille. Quand il a fallu aller au mastering, là, j’ai bien voulu qu’on me grave un disque. Sinon, je n’ai rien écouté chez moi : j’allais écouter au mixage. On faisait des manips, je revenais cinq jours plus tard. Il fallait ne pas se laisser emporter par l’enthousiasme du moment, ni se laisser gagner par la frilosité due à la fatigue par exemple. Il faut être dans le travail, et juger sur pièce : ça a ses vertus, et parfois, on a perdu du temps sur des chansons. Parfois aussi j’écoutais et je leur disait très vite « ah non » ! « Les éoliennes » est un peu passée par toutes les étapes et je me souviens d’une étape où la messe fut dite en cinq seconde. Je leur ai dit « ça, ce n’est pas pour moi ».

Ils t’ont proposé des choses bien barrées ?

Non, justement, quand je jetais, c’est parce qu’ils formataient la chanson, alors qu’ils sont très doués pour ne pas formater. Ils avaient fait des « Eolienne » un titre très Daho, tubesque ! Très pop, avec un arpège qui se répète. Un peu Valentins (le groupe de Jean-Louis Pierrot et Edith Fambuena, NDR) en fait. Je n’ai rien contre les Valentins, mais je ne voulais pas faire ça. Je n’étais pas avec Gecko pour faire ça. Je les ai poussés à adopter un style barré. Sur « Pendant que les enfants jouent », il me semblait qu’il fallait que ce soit du rock, carré. Mais sur « Les Eoliennes », il y a une ambiance qui ne surjoue pas la séduction. Comme la chanson est très douce…

Elle est très belle. C’est l’une de mes préférées.

Il y a une sorte de décontraction qu’on a obtenue parce qu’on l’a jouée en fin de session. C’était une chanson sacrifiée : on se disait qu’on n’y arriverait jamais. On l’a jouée en live, et on l’a trouvée très bien.

Dominique A « Tout sera comme avant », 1 CD (Labels/Virgin), 2004

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