Electronirisme

On sait bien qu’électronique n’est pas nécessairement synonyme de danse et de gros son. Mais quand trois albums viennent démontrer en même temps que l’électro peut rimer avec univers onirique, on se pince… pour vérifier qu’on rêve.

telefonTelefon Tel Aviv « Map of what is effortless »

Cela commence par devenir une habitude : après Pulseprogramming l’an passé, cette année commence en douceur avec un disque d’electronica américaine. Le duo de la Nouvelle Orléans (Josh Eustis et Charlie Cooper), signé sur le label chicagoan Hefty, a choisi des rayons de miel pour illustrer son nouvel album. Cela évoque aussi les montres molles de Dali, et ce n’est pas un hasard puisque cette musique électronique « beats and clicks » (pour reprendre un terme d’Yves Blanc) est sérieusement alanguie. « Ma semaine bat ton année » asséne le titre d’une chanson. Sûr qu’une semaine d’écoute intensive de Telefon Tel Aviv vaut bien une année à regarder les clips sur M6 Music, voir plus. Que la bizarrerie soit de la partie dans un album electronica, cela n’a rien d’étonnant. Mais que le lyrisme qu’on décèle dans quelques morceaux (le morceau d’introduction « When it happens, it moves all by itself », dont le thème est d’ailleurs repris sur le morceau qui clôt l’album) s’invite à table, voilà qui surprend. les voix (celles de Damon Aaron et de Linsday Anderson, chanteurse de L’Altra) ajoutent à ce lyrisme. On en ressort tourneboulé.

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her spaceHer Space Holiday « The young machines »

De la folk traficotée dans des ordinateurs, juste ce qu’il faut : voilà la bonne idée, simple et miraculeuse de Marc Bianchi, qui se retranche derrière ce pseudo depuis quelques années (« The young machines » est le premier album distribué en France mais le quatrième opus de ce remixeur). Ajoutez parfois quelques cordes façon Nick Drake ou Scott Walker, c’est à dire dignes des plus grands représentants de la pop, et vous obtiendrez ces « jeunes machines » qui pourraient tout autant être des « machines molles » tant l’impression de quiétude qui s’en dégage est prenante. Quand les vocaux sont rappés (« My girlfriend’s boyfriend », drôle de conception des rapports amoureux), cela évoque les bonnes chansons de Day One (elle sont rares, en fait). Melankolic aurait pu (dû ?) signer cet album, mais c’est Wichita qui accueille ce petit bijou. D’ailleurs, à travers un titre de chanson, Her Space Holiday a lui-même trouvé un terme pour cette musique : tech romance.

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via taniaVia Tania « Under a different sky »

Avec ce disque, on est vraiment dans la version la plus sucrée de la folk-soul travaillée façon électronique. La version la plus sexy aussi, grâce à la voix de Tania Bowers. Cette bassiste et chanteuse du groupe australien SPDFGH est une sorte d’Ambrosia, bref Shivaree qui s’achète un ordinateur et fait des mérveilles avec, sans lâcher pour autant les arpèges délicats de sa guitare. Si la demoiselle est un clone vocal d’Emiliana Torrini (l’ex Gus Gus), elle n’a pas choisi un ancien Tears For Fear à la production mais Casey Rice (qui a travaillé avec Liz Phair ou The Promise Ring) et Prefuse 73. Doug McCombs et John Herndon (Tortoise) et Howe Gelb (Giant Sand) sont présents en tant qu’instrumentistes pour un résultat plus qu’honorable.

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Jean-Marc Grosdemouge

Telefon Tel Aviv « Map of what is effortless », 1 CD (Hefty Records/Chronowax), 2004
Her Space Holiday « The young machines », 1 CD (Wichita Recordings/V2), 2004
Via Tania « Under a different sky », 1 CD (Chocolate Industries/Chronowax), 2004

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