Eskobar "There’s only now"

   Ils sont jeunes et beaux, et la pochette de leur album (sorti depuis un bon moment chez eux en Suède) est de celles des albums destinés au grand public et non à quelques connaisseurs éclairés. Quand un groupe se présente en mettant sa tête sur le livret, ça sent la tête de gondole et le chroniqueur a tendance à faire une petite moue avant même d’avoir posé la galette sur sa platine. Il aurait tort dans le cas présent.

esko   Le son d’Eskobar fait penser à celui des anglais de Space, qui signèrent en 1996 un album « Spiders », bourré de chansons power-pop trop injustement méconnues. Il y a chez Eskobar ce même truc qui leur fait embrayer l’une après l’autres des chansons pop rutilantes, à un précision millimétrique dans la façon de les agencer, sidérante. Les lignes de guitares de Frederik Zall sont épurées, les sons de batteries de Robert Birming ne bavent pas… Quand à la voix de Daniel Bellqvist, elle sait être aérienne, posée mais jamais trop maniérée.

   En ce sens, le son Eskobar est « middle of the road. » Pas la peine de chercher la provocation, la chanson déglinguée ou un son baveuc, pas « bien comme il faut. » Même quand elle commence par une guitare un peu atypique (« Tell me I’m wrong »), une chanson d’Eskobar ne sort pas des sentiers balisés. Même s’ils paraissent parfois rebattus, ces sentiers sont agréables à emprunter (« Why London », « Worship you »). Bien sûr, il y a le duo avec Heather Nova, qui chante comme une chanteuse country, dont on ne sait que penser … Mais Eskobar sait y faire, et on revient souvent à cet album, car il nous a pris, et nous ne lâche plus. En un mot : il nous tient.

   Bien sous tous rapports. Et peu proprets. Voilà peut être le tort d’Eskobar. Pourtant, qui n’aime pas Garbage, autre groupe très produit, qu’on entend aussi sur les antennes FM commerciales ? Un trop plein d’aisance de la part de ces Suédois pourrait leur nuire. En effet, le mélomane a tendance à se détourner des chansons qui s’offrent trop facilement à son oreille. Il craint les chansons faciles. Ces réticences trop souvent partagés par le sérail des connaisseurs pourraient faire d’Eskobar et de ses mélodies accrocheuses, entêtantes, un plaisir coupable. Ce serait dommage. Que ceux qui assument cette pop facile lèvent le doigt. Allez, je commence…

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Jean-Marc Grosdemouge

Eskobar « There’s only now », 1 CD (V2 Music), 2002

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