Everything But The Girl, drum'n' mélancolie

   Après une longue carrière pop et un début de virage électro entamé lorsque le duo laisse Todd Terry remixer son titre « Missing », EBTG enfonce le clou en signant un album drum and bass.

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   Quand je ne bouquine pas des romans, quand je ne regarde pas des films, quand je n’écoute pas de musique, je m’intéresse à des trucs plus sérieux : sociologie, histoire, psychologie. Récemment, la lecture de Drieu la Rochelle et de Saint Augustin, m’a amené à me passionner pour le concept de dépendance affective. Et je suis un grand fan de drum and bass.

   Avec cet album, l’amateur combine les deux : en 1996, après le succès du remix de « Missing » par Todd Terry, EBTG se lançait dans ce qui est pour beaucoup (dont je suis) leur plus bel album : la dépendance amoureuse avec des loops de dingues, un production léchée au mini-détail près (écoute au casque recommandée), des basses qui tabassent la face et des caisses claires à vriller les tympans. Robin Norwood (« Ces femmes qui aiment trop ») remixée par la jungle music.

   On entre dans le vif du sujet avec « Before today » : je ne veux pas d’un téléphone qui ne sonne jamais, je veux ton amour et je le veux maintenant, pleure Tracy Thorn, pendant que Ben Watts fait rugir les machines.  Plus tard, « Single » est une ritournelle belle à se pendre : est-ce que ça te plait d’être célib ? tu veux que je rentres ? est-ce que ça me plait à moi d’être célib? est-ce que je rentre ? Voilà qui pose le décor : la séparation, la valise posée en vitesse dans une chambre d’hôtel, et déjà les remors qui affluent : est-ce que j’ai pas fait une connerie ? Dernière salve un peu plus loin encore avec ces paroles de « Good cop, bad cop » : j’en ai marre de me sentir comme ça, je sais que c’est mauvais  de toujours vouloir, et ne jamais rien recevoir. Le couple piégeant, encore une fois : on est deux mais il y a trois masques : sauveur, bourreau, victime, et ça change régulièrement.

   Les autres moments forts de cet album poignant de tristesse contemporaine s’appellent « Big Deal », « Mirrorball » ou « Walking Wounded »… les blessés qui peuvent marcher ne sont pas traités en priorité par les secours lors d’un accident. Ils souffrent, mais leur silence n’est pas urgente… Dit comme ça, c’est glaçant. Mis en musique par EBTG, ça donne en réalité l’un des plus beaux albums des années 90. La suite ? C’est l’album « Temperamental », qui confirmera que l’amour de Thorn et Watt pour la musique électro n’était pas une feu de paille

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Jean-Marc Grosdemouge

Everything But The Girl « Walking Wounded », 1 CD (Virgin), 1996

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