"Filles Fragiles. Pop gems from french demoiselles"

   Alors comme ça pour toi les filles c’est forcément fragile ? Si on ne connaissait pas le Néerlandais Guuzbourg, on pourrait lui faire le reproche d’utiliser un cliché détesté par les féministes, mais il est loin d’être machiste et nous le prouve tous les jours en animant l’excellent blog Filles Sourires qui montre combien il est sensible aux voix féminines et plus particulièrement celles des Françaises.

filles   Et il est vrai que cette compilation amoureuse fait la part belle aux voix douces et non aux brailleuses : Marina Celeste, Françoiz Breut, ou Valérie Leulliot. Si certaines chansons viennent mettre de l’ambiance (« ce George(s) » d’Olivia Ruiz et Salvatore Adamo, car les hommes ne sont pas mis aux bancs de ce gynécée musical), la tendance est à la morosité assumée : Marina Celeste chante les préparatifs de Noel un peu déprimants (c’est de saison), Armelle Pioline (Holden) assure que « moins les gens vous aiment plus leur amour vous retient », on célèbre les jours de pluie (c’est de saison aussi), et comme ça fait suer d’avoir trente ans (Agnès Bihl, ma soeur de déprime, je te donne l’adresse de ma psy si tu veux). Certaines chansons interrogent : « Les amants d’Edimbourg » est-il un hommage à Goldfrapp ou à Mylène Farmer ? Mais d’autres, comme « Les Petits Miroirs » de Peppermoon, soit le groupe de mon confrère Pierre Fageolle (Pierre si tu nous lis…) séduisent.

   Placée sous le patronage de Saint Serge (qu’on entend avec Jane dans la « Chanson de Slogan » et dont le titre « Jane B » est repris en fin d’album par Sandie/Trash) cette compilation est la preuve que la blogosphère et ses tordus de musique (à chacun sa marrote, à chacun sa spécialité ultra pointue) peut développer une nouvelle mélomanie, qui dépasse maintenant le cadre du Net pour se faufiler dans les bacs des disquaires. Un petit démenti à tous ceux qui prédisent la dématérialisation totale de la musique, car les pépites auront toujours besoin d’un support hi-fi plutôt que de fichiers compressés, forcément de moins bonne qualité. Et merci à Guuzburg d’être de le défenseur de la « qualité française » en matière de pop fragile et gracile.

***

Jean-Marc Grosdemouge

« Filles Fragiles. Pop gems from french demoiselles », 1 CD (ZYX), 2008

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *