Florent Marchet "Gargilesse"

   Signé sur un major et auteur d’une pop qui ne se satisfait pas du minimum mais offre des arrangements et des orchestrations soignées, Marchet fait se rencontrer Nick Drake et Michel Houllebecq.

FlorentMarchet_Gargilesse cd   Il paraît que l’industrie du disque va mal, et la mode est au minimalisme (jouer avec trois accords et parler, quelle audace !). Mais il existe des exceptions… L’auteur-compositeur-intérprète berrichon Florent Marchet, par exemple. Signé chez Barclay et auteur d’une pop qui ne se satisfait pas du minimum mais offre des arrangements et des orchestrations soignées (vents et cordes), Marchet fait se rencontrer Nick Drake (la flûte traversière et le piano de « Gargilesse » ou « Fantôme ») et Michel Houllebecq (des regard incisif mais avec des mots banals, un univers doux-amer peint à coup de croquis pris sur le vif).

   Comme l’auteur des « Particules élémentaires », notre homme, basé à Montreuil-sous-Bois, en banlieue parisienne (comme Brel à ses débuts), parce qu’il le faut bien pour percer dans la musique, sait repérer dans le quotidien quelques sujets de réflexion pour nourrir sa propre vision du monde. C’est de la « vie réelle » qu’il tire les paroles de ses chansons. Lui, ce qu’il aime ce ne sont pas les supermarchés (bien qu’il y ait trainé durant une période de blues) et la ville, mais au contraire la campagne autour de son village du Berry, celui où il a passé toute son enfance et son adolescence auprès de parents très impliqués dans la vie culturelle locale (ils gèrent la salle Les Bains Douches à Lignières). D’ailleurs, la pochette le présente en train de lacer ses grosses chaussures de marche, prêt à partir pour une ballade dans la campagne berrichone. Et quand au retour d’une session d’enregsitrement au studio ICP à Bruxelles, Florent a dû se résoudre à mettre à la poubelle la première version -trop proprette, trop commerciale- de son album, c’est à Gargilesse qu’il a choisi de partir.

Il a réenregistré ses chansons dans une maison louée pour l’occasion. On entend le son des cloches d’une église sur l’intro de « Tous pareils ». Ailleurs, on entend Florent se lever après un titre, pour aller appuyer sur la touche stop de son enregistreur. Chaque chanson impose un personnage de gentil « loser » sympathique, précaire au confort intermittent, mais qui ne met jamais son cerveau au repos. On a tous croisé ce genre de types, qui n’envoient jamais de carte postale car ils passent leur été à Paris, qui n’ont jamais un sou en poche, mais à qui on est content de payer un verre parce qu’ils ont des choses intéressantes à raconter. Pas le genre de mec à qui l’on dit « alors tu t’es marié à Levallois-Perret ? Tu as trouvé une maison et un job à la con ? » Plutôt le genre de mec qui pense même dans les transports en commun ou les lavomatiques. Le genre de téléspectateur qui se rue, rageur, sur une feuille de papier, au bord de la nausée, après avoir vu des costards-cravates vendre tout et n’importe quoi pendant deux heures dans « Capital ». Le genre de mec qui fait des efforts pour s’en tirer « pas mal » durant les soirées oùil faut tout miser sur le paraître.

   Marchet raconte sa vie, la nôtre, mais avec une voix qui transpire la sincérité, et sur des musiques finement ouvragées. Pour le côté « je parle plus que je ne chante », « je connais trois accords, et vous ? », on repassera. Nous sommes des « foules marchet jmgsemtimentales, on a soif d’idéal » chantait Souchon il y a dix ans. « On est tous pareils » chante Marchet. C’est vrai, on est tous pareils, mais l’auteur de ce premier album remarquable peut se vanter de ne pas être pareil que les autres chanteurs français de sa génération.
On connaissait Dominique A, Katerine et Miossec, qui nous donnent de leurs nouvelles de temps en temps. On a un nouveau pote, désormais. Il n’envoie pas de carte postale des Caraïbes. Il enregistre à Gargilesse. On lui paierait volontiers une bière, tout en lui souhaitant les ventes qu’il mérite.

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texte et photo ; Jean-Marc Grosdemouge

Florent Marchet « Gargilesse », 1 CD (Barclay/Universal), 2004

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