Nino Ferrer, mélancolique malgré les apparences

ferrer   Z’avez pas vu Nino ? Pour Franck Maubert, la réponse est non. Mais en rencontrant sa famille, ses amis et ses collaborateurs, l’auteur approche l’homme dans sa vérité : celle d’un homme blessé, caché derrière le chanteur des « Cornichons », du « Sud » et de « La maison près de la fontaine ».

   Auteur d’un récent livre sur Serge Gainsbourg, Franck Maubert avait pu approcher l’Homme à Tête de Chou. En revanche, il n’a pu approcher Nino Ferrer, mort suicidé en 1998. Il a donc approché sa famille, ses amis, et ses collaborateurs. Le résultat n’est pas une biographie (Christophe Conte s’y est attelé) mais un récit, une enquête littéraire sur la mélancolie tragique du chanteur. Comme le cinéaste Michael Moore, qui, dans « Roger et moi », cherche à rencontrer le patron de la firme General Motors pour lui passer un savon, Franck Maubert essaie d’en savoir plus sur le chanteur, en rencontrant tous ceux qui l’ont connu : sa femme Kinou, ses fils, Bernard Estardy, une employée du label Barclay, et même une fan, qui s’occupe d’un mini-musée installé à la médiathèque de Montcuq.

   Car Nino Ferrer s’était retiré près de Cahors, et Maubert a fait le voyage sur les terres de Don Nino de la Taillade, du nom de la bâtisse du XVe qu’avait choisie le chanteur. Maubert dort sur place, visite les vitrines consacrées au chanteur, caresse ses voitures, ses costumes de scène, ses livres, contemple les tableaux qu’il a peints. Car après avoir connu de grands succès discographiques dans les années 60 et 70, Ferrer avait choisi une sorte d’érémitisme artistique : il enregistrait ses disques à la maison, à son rythme, préférant occuper son temps à se balader dans la nature ou à peindre. Peu à peu, c’est un portrait légèrement décousé mais très intime de l’artiste qui s’esquisse, que l’on découvre colérique, intraitable sur le point de vue artistique, révolté contre le show-biz, et dépressif.

   Moi qui ai pour héros l’homme de médias Daniel Filipacchi, j’aimerais consacrer une biographie à cet homme. Mais si j’ai déjà essayé de l’approcher, je n’y suis jamais arrivé. Par contre, j’ai rencontré son ami Frank Ténot, je connais des amis de Filipacchi, des collaborateurs, et j’ai le contact de sa fille Edith. Pourquoi ne pas procéder de la sorte ? Si ce livre aboutit, je l’appelerai « Z’avez pas vu Oncle Daniel ? »

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Jean-Marc Grosdemouge

Franck Maubert « La mélancolie de Nino », Editions Scali, 2008, 182 pages.

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