François Couturier "Nostalghia – Song for Tarkovsky"

couturier     Je dois commencer cette chronique par un aveu : je n’ai jamais vu un film de Tarkovsky. Or cet à ce réalisateur que François Couturier rend hommage tout au long des plages de ce disque hypnotique. En compagnie de la violoncelliste allemande Anja Lechner (remarquable l’an en compagnie de Vassilis Tsabropoulos sur l’album « Chants, dances & hymns »), et de deux instruments à vent (le saxophone soprano de Jean-Marc Larché, l’accordéon de Jean-Louis Matinier), Couturier, que beaucoup ont découvert en accompagnateur de haut vol pour l’oudiste tunisien Anouar Brahem, arpente la pélicule d’Andrei Tarkovsky.

     Alors on imagine : du noir et blanc, des lumières finement travaillées, des ombres portées et des contre-jours, des décor naturels battus par les vent, des cours d’eau filmés avec délectation, le miroitment de l’eau claire, et des personnages tiraillés par leurs sentiments. Si l’on s’en réfère à la musique de Couturier et à elle seule, le cinéaste russe doit être adepte des longs travelings, ses contes divent être moraux comme ceux de Rohmer, et l’on doit vite se prendre d’affection pour les acteurs qui habitent ses films (Couturier dédie deux titres à Anatoli Solonitsyne et à Erland Josephson). On se prend en tout cas très vite d’affection pour le jazz minéral de Couturier, sophistiqué mais pas abscons, quelque part entre l’exigence de la musique savante et la simplicité du jazz, musique qui se donne à qui veut bien l’aimer pour un soir ou pour la vie. François Couturier a placé plusieurs références musicales extérieures dans ses compositions : Bach (dans « Le sacrifice » et « L’éternelle passion »), Alfred Schnitke (« Nostalghia », « Andrei ») et Giovanni Battista Pergolesi (« Toliu ») mais ce n’est pas ça qui donne à son disque une facture classique. Il faut plutôt y voir un hommage du compositeur à ses glorieux devanciers… Et gageons que Couturier deviendra lui-même une référence pour de futurs compositeurs, qui pourront venir s’abreuver à la source de son talent.

     Si l’on excepte quelques moments portés sur la trépidation (« Ivan »), c’est une grande sérénité qui prévaut la plupart du temps. Paradoxal pour un disque placé sous le signe de la nostalgie ? Mais la nostalgie n’est qu’un paradoxe : comment sinon définir cet état qui fait regretter le passé alors que le présent es souvent si passionant à vivre ? Mais un paradoxe fécond, précisons le : de ceux qui permettent aux compositeurs d’aller au bout d’eux même pour accoucher de leurs plus belles pages. Et ce quartet sait justement créer des ambiances paradoxales sur ce qui est sans conteste l’un des albums majeurs de cette rentrée.

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Jean-Marc Grosdemouge

François Couturier « Nostalghia – Song for Tarkovsky », 1 CD (ECM/Universal), 2006

Infos : www.ecmrecords.com

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