Godspeed You Black Emperor ! "Lift your skinny fists like antennas to heaven"

Liftyrskinnyfists     « Groupe culte » est un terme qui va comme un gant à ce groupe montréalais. « Sans concessions » est un terme également accolé à ce combo de la galaxie Constellation (Fly Pan Am, A Silver Mount Zion), comme les Ecossais de Mogwai, capables de jouer avec les tympans de leurs spectateurs, le sont.

  Double album de quatre (longues) plages instrumentales, ravagées, et carbonisées par un feu sonore dévastateur, « Lift you skinny fists like antennas to heaven » s’envisage comme un puzzle sonore, un pudding de gros son, un millefeuille truffé de de lames de rasoir, saupoudré de collages sonores. On ne ressort pas indemne d’une pareille oeuvre.

     On ne va pas voir « Irréversible » de Gaspar Noé comme un autre film. Le jour où je suis allé voir le film avec Belluci et Cassel, c’est la première fois qu’une caissière de l’UGC Bercy me disait « vous êtes sûr de vouloir voir ce film ? Des gens se sont évanouis à la séance de 14 heures », alors que d’habitude, on est plus prompt à vous vendre un ticket sans même un mot ou un sourire, rien, va mourir avec ton film. Eh bien de même qu’on ne voit pas certains films sans avoir été prévenus du caractère choquant de certaines scènes, on n’entre pas chez Godspeed sans avoir été mis au parfum. Non, ne partez pas : ce disque n’est pas rebutant. Au contraire. On ne s’escrimerait pas à pondre des lignes sur un disque insignifiant.

     C’est juste une messe noire, à laquelle assistent des fantômes et des ectoplasmes. Le rock commercial, cette vieille personne indigne, par exemple y est mis à mort, tandis que le post rock prend vie, lui, et communie au pain et au vin. Musique statique, ecstatique et cosmique, cette oeuvre de GYBE, mêle guitares saturées à l’extrème, violons violents, et rythmiques fiévreuses. Pour ne pas vous perdre en chemin en cas de tête qui tourne (ce qu’on vous souhaite sans ça, c’est passer à côté du disque), le groupe a eu la judicieuse idée de glisser une sorte de plan-dépliant sur un livret de quatre volets, afin de vous décrire la progression de l’oeuvre.

     On se rend ainsi compte que s’il comporte quatre plages, ce disque est composé de dizaines de séquences aux titres plus farfelus les uns que les autres. Vous voilà donc rassurés : si vous vous pâmez, ce sera de bonheur, et pas de dégoût. Et d’un seul homme, vous lèverez vos poignets maigres comme des antennes vers le ciel. Foi d’amateur de sensations musicales fortes.

*****

Jean-Marc Grosdemouge

Godspeed You Black Emperor ! « Lift your skinny fists like antennas to heaven », 1 CD (Kranky), 2000

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *