Guy Darol mise sur les outsiders

Tous les enfants ont de la chance d’aller à l’école. Mais plus encore ceux qui ont la chance d’avoir pour enseignant Guy Darol. En effet, notre homme est passionné par le rock depuis son adolescence et le weekend, quand il a fini de corriger ses copies, il écrit.

Après avoir prouvé sa passion et son érudition à propos de Frank Zappa (il a consacré plusieurs ouvrages à ce doux-dingue, déjà publiés par le Castor Astral), voilà qu’il tire le portrait de 80 « francs-tireurs du rock et de ses environs ».

On a fait l’essai : sur le nombre, on en connait allez, dix ou douze de noms et deux ou trois vraiment. Moondog, Syd Barret et Captain Beefheart sont sûrement les trois plus connus et oui on les avait déjà écoutés. Et puis il y a Ramon Pipin seul français du casting d’ailleurs, et son inénarrable groupe Odeurs, toujours à la limite du bon goût sans jamais y sombrer selon la formule consacrée.

Pour le reste, Darol braque son projecteur sur les outcasts, les losers magnifiques. Après tout, comme il le rappelle dans son préambule, dans le turf les outsiders sont ces chevaux sur lesquels personne ne mise. Les artistes que décrit Darol n’ont jamais vendu ou si peu, on les trouve même difficilement sur Spotify (qui gère leurs droits ?) mais à défaut de conquérir les masses, ils créent leur propre art, sans se soucier d’être dans une soi-disant norme. « C’est par les marges que tiennent les livres » disait Godard et la pop culture a besoin de ces expérimentateurs, qui insufflent à leur manière un brin de folie dans le music business.

gdarolOn a beau ne jamais avoir entendu la moindre note de la plupart des gens décrits, chaque portrait, finement ciselé, est savoureux à lire. Et hormis celui, de GG Allin, à ne pas faire lire aux enfants (ce punk hardcore agissait de manière vraiment choquante sur scène et on ne crie par Allin pour qu’il revienne) il se dégage de chaque chapitre une magie vraiment sidérante.

Darol est un conteur, il a sa petite musique a lui et son livre mérite d’être découvert, d’une traite ou en picorant façon boite de chocolat. Et pas seulement par les mélomanes.

« Outsiders. 80 francs-tireurs du rock et de ses environs », Castor Astral, 2014, 434 pages.

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