Hauschka "Room to expand"

   Popularisé par le compositeur John Cage dans les années 40, le piano préparé est encore d’actualité en ces temps où les ordinateurs permettent un travail a posteriori sur des sons enregistrés. Aujourd’hui, en effet plus besoin de placer des objets entre les cordes d’un piano pour en modifier les sonorités. Mais les machines n’ont pas tué l’artisanat cagien.

room to   Après Aphex Twin sur l’album « Druckqs », c’est à l’Allemand Volker Bertelmann, dix ans de piano classique derrière lui, de s’écarter du chemin top convenu de la virtuosité académique pour explorer des terres plus aventureuses.

   De Düsseldorf, on ne connaissait jusque là que le groupe Kraftwerk, groupe machinique s’il en est. Autre machineries avec Bertelmann, dont les compositions évoquent des mobiles de Calder mis en musique. Même s’il est fatalement à rapprocher d’une actuelle scène musique pop de chambre (Clogs, Man, The Rachels, Sylvain Chauveau, etc.) Hauschka dévoile un univers singulier, plein de mélancolie, de lenteur, de clair-obscurs.Si flirter avec la disonnance est un parti-pris toujours osé, cet album magnifie de façon formidablement belle cette prise de risque. Car voilà un album bouleversant de bout en bout, fascinant. Lorsque des cuivres se joignent à Bertelmann, on semble entrer dans des min-symphonies.

   Si le piano est par essence un instrument capable de faire naître de belles émotions pourvu que celui qui pose ses mains sur le clavier ait du coeur et/ou du génie (heureux ceux qui ont les deux), le piano expérimental ne peut que magnifier cette dimension émotionnelle.

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Jean-Marc Grosdemouge

Hauschka « Room to expand », 1 CD (Fat Cat/Pias), 2007

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