Headphone "Work in Progress 1998-200-"

   Ici d’ailleurs ne nous avait pas vraiment habitué au rock lo-fi. Ces cinq titres instrumentaux sont des titres planants à la production fort réduite. Et pourtant, l’équipe de musiciens qui s’y attelle n’est pas ce qu’on appellerait réduite : neuf personnes, dont Marc Sens, Benoit Burello (alias Bed), ou Jean-Michel Pires, collaborent au groupe.

headphone   « Pulf » est un morceau de six minutes très proche des sons de Hood, porté par un orgue, puis « Sublime parade » rappelle la guitare de Papa M (un ancien Tortoise), puis l’orgue vient délicieusement plomber le reste de la chanson.

   C’est d’ailleurs ce qu’on apprécie dans ce mini-album : l’étrangeté, la noirceur, l’abstraction. La guitare distordue sur « Hoboken » ou le son d’intro de « Explatino. » La pochette le mentionne : « some (un)desirable noises can be heard. » En effet, ça grésille, et la batterie n’a pas un son très propre, mais c’est un univers total qu’Headphone invente, avec des bouts de ficelle. Après ce titre un peu free jazz, le bien nommé « The end », qui ressemble à un vieux disque de blues très aigu (ambiance Marc Ribot), vient achever cet album singulièrement singulier.

   On ne savait pas que le label nancéien Ici D’ailleurs allait devenir le Domino français. C’est-à-dire un label aux choix esthétiques toujours déconcertants, un label animé par une vraie soif de nouveautés hors des sentiers battus, et prêts aux parti-pris radicaux. Bref un label dont on peut acheter tous les albums, sans même savoir de quoi il s’agit.

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Jean-Marc Grosdemouge

Headphone « Work in Progress 1998-200-« , 1 CD (Ici d’ailleurs/Tripsichord), 2003

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