Holden : ère ternaire

Comment les Français d’Holden ont-ils fait pour créer des chansons aussi swinguantes sur leur deuxième album « Pedrolira » ? Mixé par Señor Coconut au Chili, cet album a été enregistré dans le sud de la France, au soleil. Pourquoi au soleil ? Juste pour le plaisir. Ajouté aux ingrédient du farfelus producteurs, le soleil est peut-être un élément de réponse. La vraie raison ? « Dans le groupe, les morceaux binaires finissent toujours ternaires ! » répond Mocke, guitariste et cofondateur du groupe. Propos recueillis par Jean-Marc Grosdemouge.

Epiphanies : Votre premier album est sorti il y a quatre ans chez Lithium, et « Pedrolira » sort chez le Village Vert. Je croyais que quand on commençait chez Lithium, on laissait le temps aux artistes de prendre leurs marques, et donc qu’on restait sur ce label longtemps …

Mocke : Normalement, ça se passe comme ça. Mais nous nous sommes rendu compte que ce n’était pas le label idéal pour nous : l’esthétique y est très typée, et on y était pas très à notre place. C’est un peu dépressif, Lithium, et on voulait faire des chose plus légères. Chez eux, il faut dealer avec Vincent Chauvier qui a une idée de ce à quoi doit ressembler son label, qui est très directif.

C’est un moule dans lequel il faut rentrer ?

(hésitant) Disons que Vincent Chauvier a tendance à t’amener vers certaines choses qu’il a envie d’entendre chez toi. C’est quelqu’un de très intègre, de super, mais on commençait à étouffer chez Lithium.

Quelle idée as-tu, toi, de la musique d’Holden ? On peut la qualifier de swing et pop, comme sur « Pedrolira » ?

C’est toujours très dur de qualifier sa musique. Je n’aime pas l’orthodoxie pop. Les guitares « ligne claire », ça me gonfle, et pourtant on ne peut qu’être classés pop. Le côté swinguant, c’est naturel chez nous, car nous sommes tous fans de jazz. Nos morceaux sont tous ternaires.

Votre point commun à tous est de venir de l’univers jazz ?

Non, pas vraiment. On vient du rock. C’est juste un point commun entre nous : on est tous hyper fans de jazz, et notre musicien préféré à tous, c’est Thelonious Monk. Sur le premier album, nous n’étions pas vraiment un groupe. C’était Armelle et moi. On a commencé à jouer avec Pierre-Jean, le batteur, mais nous n’avions pas trouvé une formule de groupe comme c’est le cas sur « Pedrolira », qui a été enregistré par nous tous.

A la base, il y a le duo que tu formes avec Armelle …

Nous somme les membres fondateurs d’Holden. Nous écrivons les morceaux, texte et musique, à deux. On s’est rencontrés à Dublin il y a sept ou huit ans ; moi, j’avais un groupe de rock là bas. Armelle y faisait ses études. On a commencé à travailler en Irlande, puis nous avons continué une fois rentrés en France. Mais nous sommes vraiment un groupe, j’y tiens.

Lors de la fondation du groupe, vous étiez déjà des enfants du jazz ?

On n’a jamais été branchés musique mainstream. Quand j’ai écouté du jazz, je suis très vite devenu super accro.

« Pedrolira » sonne jazzy. Le titre « Une fraction de seconde » est un peu fox-trot. Vous cherchiez à sonner ainsi ?

Non, pas vraiment. C’était juste pour nous amuser. C’est pas un manifeste, ce morceau ! (sourire). On l’a fait comme ça parce qu’on trouvait ça drôle sur le moment.

Aujourd’hui, les gens qui veulent s’amuser vont plutôt vers l’électronique, non ? Vous, vous voulez vous amuser et ça sort naturellement jazzy ?

C’est naturel, je te dis ! (rire) Notre batteur, même quand on lui apporte des morceaux binaires, finit par les jouer ternaires !

Le mixage a eu lieu à Santiago du Chili avec Señor Coconut ?

Le travail avec lui a commencé avant. Uve Schmidt, alias Señor Coconut (photo ci-contre) est venu enregistrer avec nous dans le sud de la France, près d’Avignon, en juin-juillet 2001. Il a fait tout le travail de producteur : il a tout bien préparé. Il avait une idée très précise de l’album. On a même négocié les morceaux avec lui. Il ne voulait pas en mettre certains. Il y avait un morceau rock, lui, ça ne le branchait pas. Pour lui, ce n’était pas dans l’esprit de l’album. Par contre, « Série B » est un morceau qu’on ne tenait pas particulièrement à intégrer à « Pedrolira » parce qu’on le trouvait kitsch et Uve a insisté.

Comment est Señor Coconut ? On l’imagine un peu barré ce garçon …

Il est excentrique, mais aussi très calme, posé. Légèrement excentrique … C’est surtout dans ses projets qu’il est ouf (rire). Mine de rien il a sorti plus de cent d’albums sous des pseudos différents … c’est totalement schizophrène. Il a fait des projets comme Los Samplers (photo ci-contre). C’est censé être un projet qui se compose de dix Mexicains qui jouent du sampler, une super formation. Il est tout seul, mais fait croire que ce groupe existe.

Comment avez-vous pensé à lui ?

On a pensé à lui pour deux choses : on avait entendu pas mal de trucs de lui, comme Erik Satin (photo ci-contre). Sur ce projet, il incarne une sorte de crooner français. C’est censé être un peu kitsch, mais c’est très aérien ; rien à voir avec ses reprises cha cha ou cumbia des titres de Kraftwerk. On aime aussi sa démarche ironique vis à vis de la musique, qu’on trouvait très stimulante intellectuellement.

C’est-à-dire ?

Il a un sens de l’humour même dans sa façon de traiter les sons. C’est quelqu’un de très cérébral. Sa démarche vis à vis du music business est ironique, donc on avait envie de le rencontrer. Quand il a fait son disque de reprises de Kraftwerk, on s’est rendu compte qu’il est très fort pour mettre en valeur les chansons dans leur caractère pop. Même si on n’avait pas envie de faire du latino, on s’est dit que ça pourrait nous convenir.

Comment avez-vous contacté Señor Coconut ?

Quand il est passé aux Trans en 2000, un ami à nous lui a passé des maquettes. On ne pensait pas que ça marcherait, mais il nous a recontacté ; il avait très envie de le faire.

Après l’enregistrement en France, vous êtes allés le rejoindre au Chili pour le mixage ?

C’est bizarre, parce qu’on avait fait deux tournées au Chili pour le précédent album. « L’arrière monde » était sorti sur un label chilien (c’est un hasard). Il avait un peu marché et ils nous ont fait venir deux fois vers 1999-2000. On a joué devant des salles pleines, des gens qui connaissaient les chansons de « L’arrière monde » par coeur, alors qu’on ne chante pas du tout en espagnol. C’est bizarre … ça s’est juste passé comme ça.

C’est quoi un carton au Chili ? Ce n’est pas un pays très peuplé … on reçoit un disque d’or à combien d’exemplaires vendus ?

A mon avis, les disques d’or, là-bas, c’est à 5000 exemplaires. (rire)

Vous êtes disque d’or au Chili ?

Je pense, oui. (sourire) Tu sais, au Chili on grave beaucoup de CD. Mais ils sont très amateurs de musique, très enthousiastes.

Vous avez mixé chez Uve Schmidt, alias Señor Coconut, dans une rue qui s’appelle Pedrolira …

Oui. On réfléchissait à un titre pour l’album, et chaque jour, on prenait le taxi pour aller chez Uve. On répétait « Pedrolira » avec notre accent à deux balles, et c’est apparu comme ça … on l’a notre titre d’album !!!

Holden « Pedrolira », 1 CD (Village Vert), 2002

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