Jad Wio : le narcissisme est un humanisme

   Quand on a découvert Jad Wio à 18 ans et qu’on écoute « Fleur de métal » très régulièrement depuis douze ans, rencontrer Denis Bortek pour parler du nouvel album de Jad Wio (« Nu Cle Air Pop ») est un plaisir immense. Rendez-vous est pris au Kata-Bar, un bar gothique de la rue Fontaine, proche de Pigalle et réputée pour ses bars à hôtesses. On choisit la cave voûtée pour y tenir l’interview. Une bière à la main, on descend un escalier de pierre, et sous nos pieds, un plancher vitré laisse apercevoir… une stèle funéraire très (trop) bien imitée. On frissonne, on allume l’enregistreur et l’on débute l’entretien. Lugubre cette affaire ? Pas du tout. Propos recueillis par Jean-Marc Grosdemouge

Epiphanies : Le retour de Jad Wio, avant cet album, a eu lieu sur scène. Tu peux me raconter ?

Denis Bortek : Ça a commencé en 2004. J’ai démarché des tourneurs. Je suis allé voir Corida et le directeur de la Boule Noire (salle parisienne située sous la Cigale, NDRC) m’a proposé de me produire sur scène. C’était une commande, alors on l’a fait. J’avais une petite équipe autour de moi, mais c’était juste pour faire de l’électricité. Du coup, j’ai rameuté du monde, tous les vizirs qui avaient apporté leur contribution à l’histoire de Jad, comme K Bye, Olivier De La Celles, Le Baron, Bertrand Burgalat. Avec notre combo, on les a reçus sur scène et on a fait deux Boule Noire sold out. C’était merveilleux ces retrouvailles, cette cérémonie…

Tu te doutais qu’il y aurait du monde ?

On ne savait pas trop à quoi s’en tenir, après un peu d’absence. Il s’est avéré que c’était super. Six mois après, on a remis ça au Point Ephémère, qui venait d’ouvrir. C’est un espace alternatif assez roots. On a découvert cette salle ovale en béton, et on s’est dit qu’on allait y jouer. On a bricolé ça pour les 9 et 10 décembre dernier. J’ai monté un petit spectacle « à la Jad Wio », qui ne soit pas juste la prestation d’un groupe. Je voulais des surprises. Et là ça a fait fort : le patron du label Exclaim qui avait vu le concert m’a appelé deux jours après en me disant « ça m’intéresse, j’aimerais qu’on se voit, pour faire quelque chose ensemble ». Ça m’a permis de trouver ce que je cherchais : un label qui prenne mon projet en licence, et qui a permis que le disque voit le jour.

Pourtant, on pensait ne jamais revoir Jad Wio. En 1996, après douze ans de bons et loyaux services, tu mettais un terme à l’aventure…

J’avais envie de décrocher, parce que je ne prenais pas de vacances. Je me sentais vidé, rincé, j’avais envie de faire un break. Je n’ai pas pu le faire tout de suite.

A cause de Sony ?

Je leur devais un album, je l’ai fait, et ça a été une expérience : j’ai enregistré douze titres en quinze jours.

Alors que tu avais plutôt l’habitude de prendre ton temps…

J’étais plutôt dans la réalisation sur deux années, pour bien réfléchir au truc, développer un concept. Ecrire et enregistrer aussi vite, ça a été formateur. Mais j’ai mal communiqué, et puis il y a eu le changement de nom (l’album est sorti sous le nom Bortek et non Jad Wio, NDR), et j’ai fait un bide. Mais ça m’a renforcé dans mon idée de m’arrêter. J’ai pris un rateau.

Pile au moment où il ne fallait pas…

Au moment où j’avais envie de prendre du recul par rapport à tout ça, de faire un bilan, me réinventer, me réenvisager.

Quand tu as constaté le bide, tu t’es dit « j’assume, et dommage pour le public s’il ne comprend pas ma démarche » ou « après tout, on m’a obligé, donc c’est compréhensible ».

Je ne l’ai pas pris dans ces termes. Je me suis dit « c’est cool, c’est le moment de partir ». J’en avais besoin. Arrêter Jad Wio, c’était une nécessité, tout comme c’était une nécessité de monter le groupe au début. Je suis comme ça : je sens ça, je le fais. Dans tous les domaines je fonctionne à l’instinct, je suis intuitif : quand je sens les trucs, j’y vais. J’ai encore ce truc conditionné du feeling. (sourire)

Tu fonctionnes au plaisir ?

Oui. Mais en 1999, il y a eu du nouveau. Les personnes avec qui je bossais -régisseurs, sonorisateurs- qui sont le noyau dur de Jad Wio et sont là depuis toujours ont commencé à me demander ce que je foutais, si je faisais des nouveaux trucs. Je répondais non, et eux me disaient qu’à l’approche de l’an 2000 je devrais faire quelque chose. C’est vrai que l’an 2000, j’en ai rêvé toute ma vie, : le nouveau millénaire, la fin du monde, les années zéro, on remet le compteur à zero, on recommence. Ça été une accroche, et je me suis mis au travail. Ils avaient raison, il fallait que je ponde quelque chose. Il fallait trouver dans les personnes de mon entourage quelqu’un pour réaliser avec moi car c’est mon habitude de travailler en binôme (K-Bye, Burgalat, Le Baron). Un album c’est une aventure, c’est plusieurs années, il faut donc trouver la bonne personne.

Quelqu’un qui puisse te soutenir, te renvoyer les balles ?

C’est un échange, comme une relation suivive avec une personne. Ça prend du temps, c’est lourd à porter un album, il faut être solide. Autour de moi, dans mes connections, j’avais rencontré Christophe Schwob, dont j’appréciais le travail. Il était à Mulhouse : c’était la connection alsacienne de Jad Wio. Il y a eu pas mal d’alsaciens qui ont fait partie de Jad Wio. Moi-même d’ailleurs j’ai des grand-parents alsaciens. De fil en aiguille, je me vois bien travailler avec Schwob, qui est un ermite. Il a une oreille de cristal, il est producteur, compositeur, je voulais vraiment bosser avec lui. On a fait de la réalisation, on a cherché, avec du matériel peu développé. Puis on a investi, on s’est organisés : on a essayé de faire un studio pour nous, qui soit mobile et dans lequel on puisse travailler, lui à Mulhouse, moi à Paris.

Donc là, c’est devenu sérieux ?

On a fonctionné empiriquement. On s’est débrouillés pour trouver du matériel, pour avoir des jobs qui nous permettent d’avoir des sous pour faire tourner l’histoire. On s’est dit « on va faire un album do it yourself ».

Pour toi qui a connu une major, et qui s’y est peut être senti corseté, c’est important de faire les choses par soi-même ?

J’ai connu le deux : j’ai eu sept ans d’indépendance et sept ans de major. Au sortir du truc, je savais que si je me relancais, je n’en ferais qu’à ma tête, qu’à mon nombril. Que je déciderais de tout, que je serais producteur, que je ferais comme j’ai envie, et personne pour me dire quoi que soit. Que je ferais comme j’aime.

Et que tu le sortirais chez quelqu’un qui l’aime.

Et puis on verrait bien… Parce que sortir l’album, c’est encore une autre paire de manche. On a bien passé trois ans à travailler, à prendre notre temps. En plus, il fallait que l’un bouge pour aller voir l’autre, à Mulhouse et à Paris.

Et cet album voit le retour de K Bye

Oui, (avec un air tès naturel) il est présent, il est là. Il a eu envie de revenir quand il a vu que j’étais sur quelque chose. Il est arrivé quand on était en train de chercher un label, parce qu’on avait déjà pas mal de matériel enregistré.

Ca n’a pas du être trop dur, non ? Jad Wio, c’est fétiche : il y a une base de fans solide, un passé…

C’était pas évident. Pendant une année, on s’est même découragés avec Schwob, personne ne semblait vouloir notre projet… Les gens étaient un peu frileux. On avait presque envie de le ranger. La commande de la Boule Noire est arrivée, j’ai un peu lâché l’affaire car je devais monter la formation scénique. Je ne me suis plus occupé du projet. En septembre 2004, après huit mois sans y avoir touché, je réécoute le sampler de l’album et je me dis « merde, ça fait chier de ranger ça dans un tiroir ! C’est quand même bien ! Faut que je me donne les moyens de démarcher plus sérieusement ». J’ai pris une collaboratrice, parce que moi les idées, ça va, mais l’exécution… (sourire) On est allés au charbon : on a vu tous les gens que je connaissais, jusqu’à l’heureux hasard du Point Ephémère…

… Qui a été la petite étincelle.

C’était il y a un an, en septembre 2004. On a signé en avril 2005. Quand j’ai eu l’accord du label, j’ai fini mon album, j’ai ajouté des morceaux en français, on a refait des mixes, on l’a chiadé. On avait un terme. Sans ça, tu peux continuer des années sur ton projet, à la réarranger…

… Et ne jamais le sortir. A un moment, il faut savoir arrêter le travail et le présenter au public. Tu n’es pas parti sur un concept, mais tu as trouvé une explication a posteriori qui est : on vit dans un monde toxique, déshuminanisant et nous sommes tous des héros du quotidien en arrivant à faire face…

Et on est tous concernés. Ceux qui dirigent comme ceux qui sont dirigés.

Même les riches sont malheureux.

Même eux sont malades, ont des cancers, respirent la même merde que nous.

Leurs gamins aussi ont des bronchiolites.

On est tous sur le même bateau, il n’y a pas d’échappatoire. (rire de l’intervieweur et de l’interviewé) On y est, c’est le constat de ce début de siècle : c’est la merde ! qu’est-ce qu’on fait ?

Ce qui est frappant sur l’album, tu m’expliqueras si tu as bossé dans ce sens, c’est qu’on retrouve exactement le son Jad Wio des précédents albums… Tu t’es dit « je vais essayer de sonner comme untel » ou alors, sans même le vouloir, tu reviens toujours à ce son qui est vraiment typique ?

J’ai essayé de repartir à zéro. Année 2000, on remet les compteurs à zero, et je fais un retour aux sources. Je me suis demandé : comment j’ai fait la première fois ? J’ai pris des instruments virtuels pour faire la basse-batterie, puis la guitare et la voix. J’ai fait la même chose vingt ans après. Il y a juste la technologie qui a un peu évolué et qui donné un peu plus de confort. Mais je voulais un retour aux sources et il n’y avait pas mieux que ce projet-là. Les proximités de son, c’est évident puisque c’est le même modus operandi.

Et dans les textes on retrouve à la fois les textes « à la Jad Wio », comme « L’abus de soi » sur l’onanisme…

Ça, j’y tenais. On a cette image. Ce n’est pas qu’il faut l’entretenir mais il faut la justifier. j’ai des idées sur ces thèmes, c’est mon identité et les gens qui vont écouter l’album vont me retrouver à travers ça, parce que c’est très personnel. Et on a besoin d’avoir cette connection-là. Elle existe déjà, et je me dois de l’entretenir. Pour retrouver ma base de fan, il faut que l’album soit personnel, qu’on me retrouve dedans.

Dans tes interviews, tu parles de la schizo-analyse de Deleuze et Gattari. Si on évoque les penseurs de la « french theory » comme on les appelait outre-Atlantique, parlons de Michel Foucault et son « histoire de la sexualité ». Sa thèse est que plus on cache la sexualité, plus elle est vivace : à la cour de Louis XIV, très prude en apparence, on baisait à couilles rabattues, alors qu’aujourd’hui, on montre des femmes à poil pour vendre du yaourt et finalement, tout le monde rentre chez soi pour se tirer sur la nouille en se connectant sur www.meetic.fr…

On est dans la société sucrée où le désir doit être tout de suite satisfait.

D’ailleurs, le fait que le sexe soit à toutes les sauces (oups), j’ai eu l’occasion d’en discuter avec Dimitri Tikovoï. Il a monté il y a deux ans le projet Trash Palace. Ça ressemblait fort à l’univers de Jad Wio sur scène. Je me suis demandé si tu connais et ce que tu en penses. Tu vois ça comme un hommage ?

Non, parce que je connais d’avant. Il me semble que j’ai connu ce mec au Rose Bonbon.

Je ne suis pas sûr qu’on parle du même mec, sachant que le Rose Bonbon a fermé au début des années 80 et que Tikovoï a même pas trente ans…

C’est pas lui alors. Comment tu dis ? Trash Palace ?

Il a produit Lou, Michael J. Sheehy et sur son projet Trash Palace, il avait invité Murat, Molko, John Cale…

Ah non mais le mec du Rose Bonbon je l’ai jamais revu.

Quelles sont tes influences littéraires ? Le SM ? On sait que le nom Jad Wio vient d’un personnage de roman que tu avais écrit… Il n’est jamais sorti ?

Non.

Il ne sortira jamais ?

Oh, je trouvais ça trop naze, je me suis rendu compte que c’était une autofiction, même si le terme n’existait pas. Le personnage faisait ce que je mourais d’envie de faire.

C’était l’histoire d’un mec autodestructeur. Toi tu as réussi à ne pas tomber dans ce travers grâce à la musique ?

Non. Il faut aller plus loin que la musique pour le résoudre, mais la musique m’a épargné de me faire trop de mal. Mais ça ne m’a pas empêché de m’en faire. Maintenant le SM, c’est exactement le symptôme de la maltraitance.

On peut très bien avoir une vision coercitive du monde en se disant que finalement, tout n’est que du sadomasochisme soft…

Alors là, je te suis tout à fait.

… Notamment en amour.

Avec le champ analytique, tu investis ton histoire personnelle, tu la réenvisages. C’est l’oedipianisation en psychanalyse freudienne : tu revis ton histoire à travers le souvenir, tu te replonges dedans…

Tu cherches la mère ?

Pas seulement la mère. Tu cherches tout, ça prend un temps fou, des années. Tu essaies de comprendre comment fonctionnent tes affects, tes dépendances. Moi j’étais dépendant à des produits, je me demandais pourquoi. j’ai dû refaire tout le chamin inverse : porter à ma propre conscience mon histoire, revisiter mon enfance, mes affects, mes relations à mon père, à ma mère, pour comprendre comment je fonctionne et pourquoi je fonctionne comme ça. L’autodestruction, c’est une dépendance affective. Tout ça je l’ai découvert. Mais au moment de l’album « Contact », tout ça ressortit déjà, mais de manière brute. C’est du premier degré. Quand je regarde ça après des années, je me dis « pourquoi ça ? »

Tes textes étaient déjà une manière d’auto-analyse ?

Plus que ça. Je disais pour rire que Jad Wio était mon hôpital.

Mais c’est le public qui paie ta consultation.

Dans « Hellfire », Nik Tosches dit que c’est le rock’n’roll qui a sauvé Jerry Lee Lewis, que c’était une nécessité. Je crois que pour moi, Jad Wio, c’état un nécessité. Sans le rock, Lewis serait devenu psychopathe ou tueur en série. Pareil pour Little Richard : sans la musique, ce serait une vieille folle dans un bouge de la Nouvelle-Orléans. La musique l’a sauvé. Je sens un peu ça aussi pour moi.

Quand on parle de SM soft et d’analyse, qui est quelque chose d’un peu violent, on va tout à fait à l’encontre de cette culture populaire dont tu dis dans une chanson qu’elle est « par définition optimiste ». La culture populaire, c’est se mettre la tête dans le sable : rêver avec des bluettes. Donc tu n’aimerais voir Jad Wio populaire dans ce sens là ?

C’est très ambivalent. J’aimerais bien, si. Parce qu’il y a en moi ce « syndrôme populaire ». Je suis un garçon quelconque qui pourrait être un autre dans le pays. Des garçons comme moi, il y en 200 000.

Sauf que toi tu as la force de monter sur scène…

Pas la force. C’est une nécessité. Je ne pouvais pas faire autrement quand j’ai vu l’étalage avec les choses qu’on me proposait… Je ne voyais pas quoi faire d’autre à part du rock. C’était pour moi quelque chose d’intangible. Rien ne me correspondait dans le système. Rien pour me réaliser.

Dans la musique en France, on voit peu de chanteurs qui ont un rapport si intense avec leurs fans. Si tu exceptes Johnny, il n’y a que Didier Wampas et toi qui ont un rapport fort…

… avec une frange de la population qui se reconnait là-dedans.

Une sorte de folie douce, qui est créative…

Oui. Il y a de ça, une folie affichée. Nous sommes tous des terrains pathologiques, à des degrés différents. Nous présentons des signes de folie.

Tu as, et ça se sent dans tes chansons, une passion pour les monstres. Tu te considères comme un peu plus monstrueux que la moyenne, mais dans le sens artistique du terme ?

J’essaie de l’être. Et avec le temps et l’autoanalyse, j’ai l’impression de me métamorphoser gentiment. C’est très difficile. On ne refait pas son histoire. On est déterminé par elle. Tu as peu de latitude pour te changer, t’améliorer, il est difficile de faire le deuil de ses erreurs, de ne pas recommencer. Ce qui se rapproche le plus de ça c’est le Faust de Goethe. Faust ce n’est pas le diable.

C’est le diable qui est en nous ?

C’est plus loin que ça. Goethe se pose la question d’évoluer, de se métamorphoser un peu par rapport à notre histoire notre condition. Est-ce qu’on peu bouger un peu ou est-ce qu’on est condamnés à être comme on est ?

C’est à dire : est-ce qu’on peut être autre chose que des souffrances d’enfant dans un corps devenu adulte ?

Beaucoup d’adultes sont prisonniers de l’enfant en eux et restent toujours de enfants. Moi j’ai été un enfant très longtemps, et cette part-là est encore vivante en moi. Mais j’en suis moins prisonnier, grâce à l’auto-analyse.

Tu as connu l’expérience de la paternité ?

Oui. Ça a encore reboosté mon envie d’analyse et de compréhension de mes pathologies, de mes affects, de tout.

Dans tes références littéraires, il y a Deleuze, Gattari, Baudelaire, Goethe. Et Sade ?

Sade est très bien parce qu’il n’envisage l’homme que comme un système pervers. Il n’est pas fouriériste. Pierre Klossowski, le frère de Balthus, qui est mort il n’y a pastrès longtemps, avait une très grande compréhension de Sade. Il nous l’explique à l’ère contemporain : toute est vu sous le prisme de la perversion. L’impact pathologique est très fort, très répandu, même si la conscience populaire ne le ressent pas. Mais il y a toujours de franges de la population qui abordent ces champs-là. Ce sont eux qui font avancer les choses : les artistes par exemple.

Des gens à l’avant-garde ?

Oh ne soyons pas prétentieux, mais disons que les artistes forment une sorte de bouillon de culture en commun qui appuie là. Et ça finit pas faire son chemin.

On a parlé de livres. Mais qu’y a-t-il dans ta discothèque ?

Plein de trucs, je suis curieux.

Je te vois bien écouter de l’electronica

Bien sûr. J’aime Alec Empire, Prodigy, les Chemical Brothers. Ils ont l’énergie rock’n’roll, eux, comme les Doors. C’est ma famille spirituelle. Mais je peux aller dans d’autres univers qui me sont moins familiers.

Quelqu’un comme Jean Guidoni, qui a eu la même démarche que toi de porter de la lingerie, tu l’as écouté ?

Oui, il y a quelques années déjà. Au départ je ne le savais pas mais quand j’ai appris notre voisinage, je me suis intéressé à ce qu’il faisait, sans chercher à le connaître personnellement.

Sur « Fleur de métal », Alice Botté était guitariste. Il vient de collaborer au nouvel album de Buzy. Le groupe Kas Produkt s’est reformé. On parlait d’autodestruction, ça me fait penser à Daniel Darc qui est lui aussi revenu. Bref, il y a un retour des années 80…

Tant mieux.

Tu n’as pas peur qu’on te dise « Jad Wio » fait un retour opportuniste ?

Si les gens le pensent (haussement d’épaules), mais on est là, on est vivants. Quand je fais ma traversée du désert, je ne sais pas comment appeler ça, et que je reviens, c’est qu’écrire c’est mon truc. D’ailleurs je sors un nouvel album : je ne vis pas sur les rééditions du passé. Il y a un projet nouveau. Me dire que je surfe sur le revival, ce serait une manière un peu chiche d’aborder Jad Wio. On est des artistes comme Cab Calloway : jusqu’au bout ! Je suis condamné à être Bortek pour le restant de mes jours.

Donc cette absence t’a confirmé dans l’idée que tu es fait pour la vie d’artiste. Tu avais arrêté, mais c’était pour mieux revenir. Donc tu n’arrêteras plus ? On est reparti pour plus de douze ans.

On verra. Tant que j’aurai des choses à dire, je le ferai. Et je prendrai mon temps pour les dire. Je ne peux pas prévoir l’avenir.

Tu peux aussi avoir l’illumination divine dans un avion, comme Little Richard et te consacrer à Dieu…

Tu vois parfois ce qu’on s’inflige ! (sourire)

Lui aussi est revenu ensuite.

C’est normal d’avoir des doutes à un moment. Moi aussi j’ai cru que la pop durait dix ans et qu’il fallait arrêter à la trentaine, comme les boxeurs et les footballeurs… Mais c’est plus profond que ça.

Quand tu as arrêté Jad Wio, tu ne pensais plus remettre un jour de la lingerie féminine ?

Je pensais que c’était délirant de refaire ça le temps ayant passé. Et puis j’ai pensé à Pierre Molinier que j’adore, qui l’a fait jusqu’à 73 ans. Alors pourquoi me serais-je barré la route ? Si c’est pathétique, c’est mieux, parce que ce sera vrai. Il faut se débarasser de tous ces trucs sur la jeunesse.

Il faut se dire qu’on n’a pas l’âge de ses artères…

Si, mais j’ai réussi à me libérer de l’enfant en moi. Et là dessus j’ai des choses à dire.

On va finir en reparlant de ta chanson sur l’onanisme. Alors quelle est ton expression favorite pour parler de la masturbation ?

C’est le terme utilisé dans la chanson : l’abus de soi. Quand on l’entend phonétiquement, on peut penser que c’est une autre sorte d’étoffe. Quand je l’ai entendu, je me suis dit « c’est taillé pour moi ». Je peux en faire quelque chose. C’est très joli.

L’air de pas y toucher…

Oui (rires de l’interviewé et de l’intervieweur)

En même temps, on est pas loin de « être imbu de soi-même »

Il y a quelque de narcissique mais je n’ai aucun problème de concéder que je le suis. Je serais très inquiet pour celui ou celle qui me dirait ne pas être narcissique. Car c’est un instinct de vie.

 

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