Joseph Roth "Le poids de la grâce"

L’écrivain juif autrichien Joseph Roth revisite le mythe biblique de Job dans un livre paru entre les deux guerres, avant que l’auteur soit obligé de quitter son pays.

roth poidsQuand on découvre Joseph Roth grâce à Pierre Assouline, dans son épais « Vies de Job« , où il décrit le romancier, bouffi d’alcool, exilé à Paris, rue de Tournon, et écrivant « Le poids de la grâce », on ne peut qu’avoir envie de se plonger dans ce roman, initialement intitulé « Hiob ». Car c’est bien un Job moderne que ce Mendel Singer, Juif très pieux de la Russie tsariste.

L’action se passe dans l’actuelle Pologne à Zuchnat et Mendel est un craignant-Dieu, qui enseigne aux  enfants, et mène une vie simple, rythmée par les prières quotidiennes. Il va connaître drame sur drame, ce qui va le contraindre à émigrer aux USA avec sa femme et sa fille, pour retrouver l’une de ses filles qui a déjà émigré, mais en laissant sur place son dernier enfant, Menouhim, handicapé.

Il faut se laisser happer par le style âpre, austère de Joseph Roth. Il sait par ses mots décrire l’immobilité et la monotonie des jours, dans cette campagne où il n’y a rien à faire à part travailler, prier, et regarder grandir les siens. On est dans un monde sans distractions, les moyens de transports sont quasi-inexistants. Et toute la première partie du roman voit Mendel errer de malheur en malheur. Ce n’est que dans la seconde partie, aux USA, que la lumière émerge. Comment ? Ce serait dommage de vous le révéler, mais disons que Mendel qui est croyant, puis pris de doute, va finalement avoir l’occasion de faire l’expérience de la grâce de ce Dieu dont il a parfois douté, mais, comme Job, jamais renié.

Une question demeure : pourquoi Pierre Assoulline, homme érudit s’il en est, décrit Roth en train d’écrire ce roman dans un café de la rue de Tournon, alors qu’il a été fini en 1929, publié en 1930, et que Roth rejoint Paris en 1934 ? Peut être parce que cette histoire, fausse, lui plaît mieux que la vraie. Il est, en effet, marqué par le mythe de Job, et son livre (qui mériterait une chronique dans ce webzine) fourmille de propositions de lecture… Malgré ses approximations (dont on veut penser qu’elles servent un but littéraire, et non une entreprise de falsification des faits historiques) qu’il soit remercié pour ses « Vies de Job« , qui sont un de ces livres-carrefour : ils fourmillent de références à d’autres oeuvres qu’on ne connait pas encore. Et une fois finis, ils nous donnent envie de lire et lire encore…

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Jean-Marc Grosdemouge

Joseph Roth « Le poids de la grâce », Editions J’ai Lu, 252 pages, 1992.

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