Junior Senior à La Boule Noire, Paris, mardi 22 avril 2003

   Une journée commencée, pour votre serviteur, par l’écoute du premier album des anglais foutraque The Athlete et poursuivie par la lecture de la biographie du rocker sauvage Jerry Lee Lewis (« Hellfire » de Nick Tosches), se devait de finir en beauté.

   Le concert de Senior Junior avait été annoncé comme un petit événement. On nous avait prévenu : « imaginez les B-52s, Beck Hansen, Run DMC, The Cramps, The Fleshtones, DJ Shadow et les Rolling Stones assemblés en deux êtres humains ! » tandis que The Face promettait : « Trust us, you’ll love it. »

   Même si l’on n’a pas reconnu tous les ingrédients, la recette est réussie, et pardi, on l’a eue notre cerise sur le gâteau ! Un gâteau facile à avaler du reste. On s’en lèche encore les doigts. Chez Senior Junior, il n’y a que trois instruments (un guitariste, un bassiste mince avec des cheveux bouclés qui lui cachent les yeux et un batteur gaucher fou furieux), et trois voix : deux choristes (un homme, qui viendra rapper sur la dernière chanson, et une blondinette) et le chanteur, aussi rond que grand. Il n’y a que trois instruments, mais la musique qu’ils produisent est si entraînante qu’il est difficile d’y résister. Et c’est avec les oreilles qui sifflent que l’on ressort du concert. Il y a chez les danois de Junior Senior tant que funk que l’on croit entendre de l’orgue vintage alors qu’il n’y a, encore une fois, qu’une basse, une guitare, et une batterie. Mais il faut dire que le groupe s’en donne à coeur joie et qu’il occupe chaque seconde de musique qu’une fureur et d’une intensité mélodique rares. Quant aux paroles, elles ne se prennent pas la tête une seconde : l’un des grands moments de ce court concert fut « Shake your coconuts ». De quoi se rappeler, comme le fait Tosches, que les premiers titres de chansons rock étaient des titres marrants comme « Drinkin’ wine spo-dee-o-dee » ou « Whole lotta shakin’ going on ». Senior Junior fait penser à pas mal de choses catchy et fofolles qu’on a vues sur scène (les Danois de Superheroes, qu’on dit proche du groupe) ou entendues sur disque (The Happy Mondays).

   On a vu ces dernières années la réinvention du punk. La Scandinavie vient de réinventer quelque chose entre Prince et Madchester. Senior Junior est un phénomène, une sensation juvénile, une bonne dose d’adrénaline concentrée. L’occasion de passer un bon moment avec de la musique à fond la caisse. Courez les voir, vous ne le regretterez pas une seconde !

Jean-Marc Grosdemouge

Merci à David Barat (Coup Franc).

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