Kenny Garrett au New Morning, samedi 9 novembre 2002

   Il y a des chances pour que ce concert devienne mythique. Ce ne serait pas étonnant d’entendre des gens en parler dans vingt ans. Le fameux concert du New Morning où la moitié du public a fini sur scène… Nous y étions : pas sur scène, au concert.

   21 h 30 … Dans le hall, une proche des organisateurs du concerts me glisse avec un sourire en coin « on attend Kenny, il est parti manger vers 19 h 30 … » Quelques minutes plus tard, traversant le hall, Kenny et ses trois musiciens arrivent. Dix minutes plus tard, ils sont sur scène, et ils vont mettre le feu. Le nouveau batteur de Kenny est impressionnant. Il frappe ses fûts avc une vigueur rarement vue. Kenny Garrett se tord, se relève, en tenant son saxophone porté par un piano, une contrebasse, et un batteur qui se démène comme un beau diable, on l’a dit. C’est un vrai brasier sonore.

   Moment d’émotion quand Kenny prend le micro avec des sanglots dans la voix pour dire l’histoire d’amour qu’il vit avec Paris, et son émotion de s’y produire à nouveau. On a l’impresssion que les attentats du WTC (il y fait référence dans les notes de pochette de son dernier album, « Happy People ») l’ont profondément marqué. Moment de belle complicité avec le public quand il fait reprendre le gimmick « tic, tac, don’t stop » à l’assistance du New Morning, toute heureuse de participer à ce morceau un peu « acid jazz », que Kenny rappe.

   Encore quelques morceaux au swing enlevé, et une pause : Kenny revient avec son pianiste, et interprète avec lui deux morceaux, deux rêveries mélancoliques. Cela tranche avec tout ce qu’on a entendu dans la première partie du set, mais c’est une manière très agréable de faire retomber la pression, d’explorer d’autres émotions. C’est en fait le calme avant la tempête : le batteur et le contrebassiste reviennent ensuite pour interpréter un dernier titre. Ce sera « Happy people. » Etes vous des gens heureux ? interroge Kenny en anglais. « Yeaaah » répond le New Morning en choeur. Le morceau durera plus d’un quart d’heure, le public reprenant le gimmick du sax de Kenny et chantant « Happy people », tandis que celui ci improvise. Il glisse même une mélodie de « L’ouverture de Guillaume Tell » de Beethoven (petits rires complices dans le public), et est rejoint par une choriste noire nommée Helmie, qui chante « Happy people » avec fougue.

   On ne savait pas si c’était une fille du public ou une artiste qui se produit avec Kenny, vu que quelques minutes plus tard, de nombreuses autres personnes monteront sur scène avec Kenny. Une dame d’âge canonique s’y risquera aussi, et esquissera quelques pas de danse avec Kenny Garrett, sans que celui-ci s’arrête de souffler dans son instrument. Quelques jours plus tard, la choriste noire dont il a été question nous a contacté. LMI, c’est son nom de scène raconte : « J’ai rencontré Kenny et surtout ces musiciens avec qui je suis restée en contact lors du dernier « Paris Jazz Festival ». Je trouve qu’en plus d’être un musicien hors pair, il est humain et proche des gens, de son public. Lors de son passage à l’hotel d’Albret, j’ai eu l’occasion d’être sur scène et comme à son accoutumée la moitié de la salle a fini avec lui en dansant. Trop fun ! Au New Morning, j’étais invitée mais je ne savais pas que j’allais le rejoindre sur scène et ca a terminé comme vous le savez. »

  LMI est une artiste : « Mon parcours est celui d’une autodidacte, bercée par la musique écoutée par ses parents pendant son enfance. Par les douces et fortes voix des chanteuses Afro et Afro américaine. Un ami m’a dit un jour que j’avais une jolie voix et m’a conseillée de l’utiliser. Je l’ai écouté et depuis trois ans je mène ma barque. J’ai accompagné des groupes d’étudiants, travaillé sur un projet Afro Brésilien. J’espère pouvoir travailler sur « le Messie » de Haendel et le donner en mai prochain. J’ai crée mon groupe aux influences jazz et soul teinté d’africanisme il y a près d’un an et demi, je compose les mélodies et écrit les textes. Mon ami et un autre ami arrangent tout ca. Mon ami travaille sur toutes les mises en places scénique et m’aide également au point de vue technique pour le chant et le solfège. Tous mes musiciens sont bourrés de talent (sans me vanter ) c’est aussi grâce à eux qu’il y a une couleur propre au groupe. Nous ne tournons pas énormément ce dû au fait que je travaille en semaine et que les salles ou les festivals ne se mouillent pas trop pour les jeunes talents mais à chaque fois que l’on trouve des occasions de nous produire, que l’on me donne, que l’on nous donne l’occasion d’exprimer la musique sur scène le public est emballé. C’est ce qui me donne l’envie de continuer ! »

   En tout cas, ce concert inoubliable confirme la fougue de Kenny Garrett, qui sait transmettre mieux que personne sa joie de vivre en musique.

Jean-Marc Grosdemouge

 

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