Si vous aimez les jolies histoires d'amour, n'allez pas voir "La La Land"

la-la-land-posterAttention, comme l’excellent article du P. Marc Rastoin « (« La la Land : le choix et l’intériorité » à lire ici) et envers qui j’ai une dette morale, je me dois de préciser que les lignes qui suivent spoilent gravement toute l’intrigue du film. Ami(e) lecteur(trice) si tu n’as pas encore vu ce film et si tu ne veux pas m’en vouloir jusqu’à la fin de tes jours, clique vite ailleurs. Va au ciné et reviens lire ce papier ensuite.

Ainsi donc, « La La Land » n’est pas comme beaucoup le croient une histoire d’amour, enfin si il y est question d’amour, mais c’est une amourette qui finit en eau de boudin : pour le plan « ils se marièrent, vécurent longtemps ensemble et eurent beaucoup d’enfants », on repassera.

Mia (Emma Stone) et Sebastian (Ryan Giosling) ne sont plus ensemble à la fin du film, et il n’y a aucun doute sur le fait que rien ne pourra les réunir à nouveau. Quand ils se rencontrent au début du film, Mia et Sebastian ont chacun un rêve : elle veut arrêter les jobs alimentaires et réussir comme actrice, il veut ouvrir un club de jazz pour partager son amour de la musique. Leur rencontre fait que chacun va accéder à son rêve, mais leur couple, celui qui fait tant rêver sur l’affiche, ce couple là, est aussi toc que les décors de cinéma de L.A. Il ne résistera pas.

Là où Chazelle est fort, c’est qu’à part la scène du dîner aux chandelles, il ne montre pas un couple se déliter. Il joue la bonne vieille élipse : cinq ans plus tard. Mia est une comédienne successful, mariée, mère de famille, et un soir, elle entre… dans le club de jazz de Sebastian. Qui la reconnait, joue un air de jazz en se refaisant le film sur le mode « ce que ça aurait pu donner toi et moi », mais Mia et son mari quittent l’établissement et Seb fait un clin d’oeil à la désormais star inaccessible, que j’interprète par : « tu voulais réaliser ton rêve, tu devrais être contente, puisque tu réussi. Tu as pour cela laissé tomber notre histoire, grand bien te fasse. Moi je vais bien : comme tu vois, j’ai enfin réalisé mon rêve. J’ai tout donné pour notre couple, pas toi. Mais je te souhaite d’être heureuse ».

On a reproché à Damien Chazelle de faire une pâle copie de film de Jacques Demy puisque selon certains, à part la scène d’embouteillage du début, qui est digne du nantais, le reste est faiblard ? Au contraire, avec ce film musical, il redit son amour pour le jazz comme avec « Whiplash », et il signe le plus bel hommage qui soit aux « Parapluies de Cherbourg »… rappelez vous, la scène finale : Geneviève (Catherine Deneuve) qui est en voiture avec mari et enfant et vient se servir dans la station-essence de son ancien fiancé.

Ce qui séparait Geneviève et Guy (Nino Castelnuovo) en 1964 c’était la guerre (il partait sous les drapeaux) mais aujourd’hui la guerre est économique, et il faut exister dans la société : ce qui sépare Mia et Sebastian c’est que son désir d’être star à elle va lui faire renoncer à son histoire avec Seb. Chazelle nous fait passer un autre message : le jazz, ce ne sont pas les paillettes, c’est l’humilité, l’amour de la musique et la perfection de l’instrumentiste au service d’une oeuvre collective. C’est ce que le beau Ryan Gosling apprend à Mia quand il découvre que la rouquine n’aime pas le jazz.

CQFD : « La la land » n’est pas une belle histoire d’amour, mais un film sur la difficulté à créer (un rôle, un spectacle, une carrière, un club de jazz) et à réaliser ses rêves sans renier ses valeurs. Je vous avais prévenu : cet article spoile grave. Je vous fais les vitres avec ça ? Reste que « La La land » est un tourbillon de musique, de danse et d’émotions, et qu’il faut courir le voir. Ou le revoir.

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Jean-Marc Grosdemouge

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