La Route du Rock de Saint-Malo, fort de Saint Père, dimanche 12 août 2001

Dimanche fut le jour des Français : les trois artistes français programmés sur les 18 artistes du festival se produisaient tous en ce jour du seigneur. Les deux membres de M83, Nicolas Gonzales et Anthony Fromageau, ont 21 ans, mais leur électronica subtile (comparée au meilleur de Warp alors que les deux compères ne connaissaient pas le label quand ils ont composé) fut sans conteste la révélation du festival, petite claque bien agréable dans cette Route du Rock qui en aura été un peu avare cette année…

   Les bristoliens d’Alpha ne sont pas un « plat de nouilles » comme se plait à le croire Richard Bellia, photographe, mais aussi traducteur officiel du festival. Ce dernier transforma chaque conférence de presse en un sous-« Late show with David Letterman », mais Corin et Andy ont de l’humour ; ils ne sont pas « Glad to be sad ». D’ailleurs, pour remplacer le slogan du label Melankolic, ils ont proposé « Happy as Larry » (« A l’aise Blaise » en français). Alpha est un groupe à la musique sensuelle et raffinée, avare de BPM certes, mais pas le produits « d’écroulés » (encore une expression de Richard. Dommage qu’un groupe pourtant auteur de l’un des plus beaux albums sortis en 1997 et récidiviste sur « The impossible thrill » ait été contraint de jouer si tôt et au soleil couchant quand leur trip hop organique aurait été parfait de nuit.

   C’est en curieux qu’on alla écouter Chokebore : ce groupe est sûrement très sous-estimé puisque ce groupe de Hawaiens installés à L.A., inconnu du festivalier moyen, a déjà plusieurs albums à son actif, et que leur set vitaminé aura donné à plus d’un l’envie de découvrir leur discographie.

   Remplaçants au pied levé de Saul Williams, et n’ayant pas encore sorti d’album mais quelques maxis, les très chics new- yorkais d’Interpol (tous vêtus de sombre et parfois cravatés) ont fait sensation : le futur de la pop passe peut être par eux, qu’on se le dise ! Leur musique est racée, le chanteur a une petite mèche, et leur bassiste qui ressemble à Jonny Greenwood, semble avoir beaucoup écouté New Order, et il n’est pas manchot.

   Yann Tiersen revenait en tête d’affiche et en ami à la Route, après y avoir commencé en 1998, à l’époque du « Phare », quelques années plus tard, et quelques « Vies rêvées des anges » (Natacha Régnier assistait au concert en coulisses) et « Amélie Poulain » plus tard, il venait défendre « L’Absente » sur scène, en compagnie de Dominique A (dont le prochain album est en boite). A la nuit et à la fraîche, ses petites trouvailles dépouillées donnent au fort un air de vieille romance intemporelle. Dommage que Yann Tiersen s’essaie trop souvent tester sa virtuosité de violoniste sur des morceaux rapides. Habitude aussi de fin de festival : faire retomber la pression.

   Après le trip hop de Smith & Mighty l’an passé, c’est avec du down tempo qu’on a a fini. Est-ce parce qu’ils craignent des débordements (du genre rave parties) que les programmateurs ont choisi les marseillais de Troublemakers ? On ne le pense pas, leur album (sorti sur le label chicagoan Guidance, référence ultime de la house), étant intrinsèquement bon. Comme chez Thievery Corporation, ce live act est assorti de projections vidéo en arrière plan. Alors que Thievery Corp. aime les ambiances films d’espions (costard, attachés case et salles d’attente d’aéroport), Troubemakers aiment les films d’auteur : on apercevra ainsi au court de leur set les images de Jean-Pierre Léaud évoquant la révolution de 17.

   Une révolution que l’organisation devrait elle aussi engager : comme l’a souligné mon confrère du « Monde », les conditions d’accueil sur le site sont par trop artisanales et samedi, où la fréquentation a battu un record, même si les autocongratulations eurent lieu au micro sur scène (et agrémentés de résultats de matchs de foot, on crut rêver !), elles ne parvinrent pas à faire oublier que le site était arrivé à un seuil au niveau capacité, mais surtout au niveau confort.

Jean-Marc Grosdemouge

 

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