La Route du Rock de Saint-Malo, fort de Saint Père, vendredi 10 août 2001

   Ça commence à devenir une habitude : pour la deuxième année, le festival a été ouvert par un groupe mené par un artiste non européen installé en Allemagne : après le canadien Gonzales et son show déjanté l’an passé, ce fut à la Sud-coréenne Valérie Trebeljahr, exilée à Munich et âme de Lali Puna (qui signifie « la fille de Puna », Puna étant sa ville natale) qu’incomba la lourde tâche d’ouvrir les festivités, sous le soleil. On connaissait l’electro pop, l’electro jazz et la techno minimaliste, mais pas tellement l’électro-cold chanté. C’est maintenant chose faite sur scène grâce à Lali Puna, qui ont pour supporters Radiohead, qui adorent leur album « Tridecoder ». Mais la musique électronique noisy de Lali Puna, à peine teinté par le chant faiblard de la très réservée Valérie Trebejahr n’est pas forcément très adapté aux festivals d’été, même si leur venue relève d’une louable intention des organisateurs : ouvrir le festival au delà du rock et de la pop qui ont fait sa renommée. C’est ce qu’on appelle un amuse gueule : si l’on devait filer la métaphore, disons que c’est comme l’olive fourrée à l’anchois : s’il y en a qui adorent, la plupart des gens n’y touchent pas.

   Ceux qui avaient vu Ladytron à Benicassim une semaine auparavant en avaient dit le plus grand bien, mais force est de constater que les Mancuniens n’ont pas une prèsence folle sur scène. Cela n’a ide pas à rentrer dans leur univers très clinique, et surfant sur le revival eighties, avec un son rappelant par bien des aspects celui d’Orchestral Manoeuvres in The Dark. Tom Mc Rae, lui, a une présence certaine : à l’aide de belles chansons, servies par de belles orchestrations, il arrive à captiver son auditoire, même si l’ambiance sombre et enfumée d’un club sied mieux à ses airs tristes. C’est beau, tellement beau qu’il n’y a rien a en dire, ça s’écoute et on passe à autre chose, affaire classée. Et puis on attend le gros son. Et la déferlante tant attendue arriva, sous la forme de l’ouragan Mogwaï, emmené par un Stuart rasé et l’air peu commode, prêt à faire rugir les guitares et à ouvrir les vannes du barrage sonore. Le leader aime prendre son temps avant de faire parler la poudre, alors qund un homme de l’assistance se prend à crier « what are you waiting for ? Play louder ! », il lève à peine un regard agacé et murmure « shiiiit » pour lui même, visiblement mécontent d’être ainsi dérangé. Est-ce pour se venger qu’il assènera au public un morceau de 24 minutes (dont une bonne moitié constituée de bruit blanc) pour finir le set ? On a bien eu droit à un déluge de décibels ; tant pis si on est sourds quand on sera vieux.

   Très en forme aussi, alors qu’ils n’ont plus fait de scène ces derniers temps (St Malo est leur première date en France cette année), Pulp a ravi tout son monde au fort de Saint Père. Peut être ont-ils eux aussi été boostés par l’impressionnante prestation de leurs prédécesseurs ? Emmenés par un Jarvis Cocker toujours aussi classe (il faut voir cette liane se trémousser et faire saut carpé), les anglais de Sheffield ont voulu prévenir qu’il faudra compter avec leur prochain album, prévu pour Octobre. Ambiance encore plus catchy avec les Danois de Superheroes. Avec Thomas, un chanteur au look étrange (la coupe de ses cheveux noirs de jais et ses yeux charbonneux font penser au mieux à Brian Molko, au pire à Nilda Fernandez ou Indochine) mais véritable showman, et des chansons très années 80. Leur set avait de quoi déconcerter. Même si on a parfois eu peur de sombrer dans un show à la Phoenix (oui les pompeux versaillais), au final, on sort rasséréné de ce spectacle on enfant, où le chanteur, quand il ne se plie par en cadence sur son clavier fait faire des exercices de bodybuilding a une assistance parfois médusée. Côté muscles, Thomas, qui a ôté sa chemise au milieu du concert, semblait ravi de nous montrer son poitrail à la Iggy Pop (en mieux puisqu’il est plus jeune). S’ils confirment à l’avenir (une tournée en France est prévue), tant mieux (ils en ont les moyens). Sinon on aura déjà passé du bon temps avec cet OVNI et ce ne sera pas si mal.

Jean-Marc Grosdemouge

 

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