"Le Grand Bleu" n'est pas un film sur l'apnée

   Le personnage de Jacques incarné par Jean-Marc Barr dans « Le Grand Bleu » est une sorte d’ « Etranger » de Camus en combinaison de plongée.

Le_Grand_Bleu.jpg   Non, le « Grand bleu » n’est pas un film sur l’apnée, ni sur les gens passionnées par les dauphins, ni sur une compétition entre deux apnéistes, l’un grande gueule et vantard (Jean Reno) l’autre effacé au possible (Jean-Marc Barr).

   C’est un film sur les gens qui sont tellement barrés dans leur univers qu’ils ne ressentent rien. Une sorte d’ « Etranger » produit par la Gaumont, alors que Camus a publié son roman chez Gallimard. Maillol est comme Meursault. Il est juste un mec complètement à côté de ses pompes (des Adidas blanches, qu’il porte même avec le smoking) et Joanna (Rosanna Arquette) a « juste » l’idée saugrenue de vouloir se mettre en couple avec lui.

   L’épisode où il lui montre la photo d’un dauphin dans son portefeuille en lui disant « c’est ma famille » avant de sangloter comme un môme, ne lui a pas ouvert les yeux, elle veut son histoire avec lui, elle y tient, même si Enzo Molinari, qui a entre temps renoncé à la draguer, essaie de désiller ses beaux yeux en amande. C’est après la scène d’amour, quand Maillol a passé toute la nuit dans l’eau avec les dauphins, qu’elle se dit (enfin ! dit le spectateur) « je vais rentrer à New York » et commence à sérieusement avoir de gros doutes : n’aurait-elle pas choisi le mauvais cheval ?

   La scène est d’ailleurs assez expressive et il est dommage que le succès commercial de Besson fait que personne ne souligne plus ses talents. Or Besson sait mettre en scène : en l’occurrence, Barr est sur le dos, regard en l’air, comme un merlan frit, tandis que la belle blonde américaine le chevauche et mène la danse. Car dans cet acte charnel, Barr ne fait rien, absent à lui même, à son corps, à son désir, à la joie. Bref revoyez le « Grand Bleu » pour ce que c’est : l’Etranger de Camus (lui aussi il avait une copine et aime se baigner) mais sans guillotine et avec des dauphins.

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Jean-Marc Grosdemouge

« Le Grand Bleu » de Luc Besson, 1988, avec Jean Reno, Rosanna Arquette, Jean-Marc Barr, Marc Ducret, Andreas Voutsinas.

 

 

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