Lea DelAria "Double standards"

   Jazz is the new black. OUi, on parle bien de celle qui incarne Big Boo dans la série de Netflix « Orange is the new black ». Avant de devenir célèbre dans le monde entier, Lea DelAria, qui a toujours chanté en parallèle de ses activités de comédienne, sortait un album de jazz passé inaperçu mais de belle facture.

lea   La chanteuse new-yorkaise Lea DelAria a commencé par avoir peu de chance avec cet album : bien que Warner lui ait signé un contrat d’artiste, la firme discographique a décidé de ne pas sortir cet opus. Le vent a heureusement tourné pour la chanteuse de jazz puisque les filiales française et anglaise de Warner ont décidé de sortir ce « Double standards ». Ainsi, même si aux U.S.A. la maison-mère l’a boudé, il nous est permis d’écouter cet album, fort réussi au demeurant.

   Lea DelAria a un nom prédestiné à chanter : en italien, un aria est un air de musique. C’est aussi une passionaria de la cause gay et lesbienne outre Atlantique, et on l’a vue en guest star dans « Friends ». Ici, elle reprend des chansons rock à la manière jazzy. Le répertoire des Doors (« People are strange »), du groupe né sur la vague punk Blondie (« Call me »), Neil Young (« Philadelphia »), Robert Wyatt (« Alliance »), Soundgarden (« Black hole sun », qui est a l’origine un titre au gros son), Greenday (« Longview ») ou The Pretenders (« Tatooed love boys ») lui fournissent la matière première d’un tracklisting où elle peut donner libre cours à son amour du swing. Elle chante ainsi ces standards d’une voix plutôt grave et sacrément charnelle, sur des musiques jazz de facture classique. Pas de démonstration de son coffre en perspective, ni de recherche de la prouesse vocale à tout crin, même si la chanteuse peut, semble-t-il compter sur son organe pour donner de la voix. Pas de meuglerie en vue, et on l’en remercie.

   Côté musiciens, relevons la présence de Christian Mc Bride (qui joua un temps avec Redman et Mehldau) à la contrebasse. On peut trouver cela incongru… sauf que le rock est né du jazz. Il y revient ici, et la boucle est ainsi bouclée. Avec feeling. Une jolie révélation… européenne certes. Lea DelAria croit en ce qu’elle fait : elle a tout de même décidé de franchir l’océan pour s’installer à Londres. Elle y croit, et nous aussi. Même si elle n’a rien d’une brindille blonde, l’Europe qui a une vieille tradition de terre d’asile pour artistes américains en mal de reconnaissance (citons par exemple Willy Deville), saura faire à sa voix la place qu’elle mérite. Gageons qu’après cette présentation sous forme de reprises, Lea DelAria va nous offrir des albums encore plus personnels.

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Jean-Marc Grosdemouge

Lea DelAria « Double standards », 1 CD (Warner Jazz), 2003

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