Les Jeux 2003 sont faits

   Les Jeux sont faits. En tout cas pour la rédaction de M La Music, qui a assisté à cinq soirées. Compte rendu des concerts donnés dans le cadre du festival Les Jeux, du mercredi 29 janvier au jeudi 6 février 2003.

mercredi 29 janvier :

   Dix ans pile-poil après la sortie de l’album « Dry », la France vient d’accoucher d’un digne rejeton de PJ Harvey : elle s’appelle Laetitia Sherrif. Quand elle arrive sur scène, armée de sa seule guitare, la salle ne bronche pas. Après quelques chansons en anglais, sur lesquelles elle aura tâté de la basse, elle s’éclipse mais le public la rappelle. Ses chansons par de la ville (« Roses ») et de codes (« Codification ») ; dommage qu’elle n’ait pas choisi le français pour s’exprimer. On en reste avec elle au stade de la barrière de la langue comme avec la diva du Dorset. Les Hurleurs, eux, semblent avoir pas mal écouté Nick Cave ou Tindersticks, et jouées dans le noir (le set se déroule pratiquement dans la pénombre du début à la fin), certaines chansons donnent le frisson.

jeudi 30 janvier :

   Les Bordelais Calc ont offert un beau set malgré quelques problèmes d’accordage d’instruments et de balance (les musiciens ont demandé à plusieurs reprises à leur sonorisateur de donner plus de son de ceci à untel, moins de son de cela). Derrière eux sont projetés des petits films, plus expressifs que le groupe, qui n’ose encore pas parler entre les morceaux. « On étudie la communication, glisse l’un des musiciens. On parlera bientôt. » Si Muse étaient français et pas barrés dans un délire néo-métal, ils s’appelleraient certainement Calc. A Montluçon, les économies d’énergie, on ne connait pas : Kaolin offre un set rock tendu, avec de petits morceaux de Mogwaï dedans. Kaolin ne se hisse certes pas au niveau des Ecossais, mais tel n’est pas son but puisqu’il évolue dans un format chanson, et avec des textes en français.

vendredi 31 janvier :

   Sur scène, Alexis HK est drôle et met de bonne humeur. On en n’attendait pas moins de lui après avoir découvert son humour caustique sur son album « Belle ville ». Quand il invite un « toaster » à chanter un de ses titres versions raggamufin, c’est le rire général assuré. Ambiance déjà bien chauffée donc pour Le Garage Rigaud, dont le chanteur arrive sur scène sous des applaudissements qu’il juge trop timide. Ce doivent être des bêtes de scène pense-t-on alors, pour qu’ils exigent ainsi de la part du public un décibel minimum d’applaudimètre d’entrée de jeu. Et en effet, Garage Rigaud donne tout. Des instrus, joués sur des petits films tournés à la campagne (on y voit un enfant faire du velo) permettent de faire retomber la pression épisodiquement. Car quand il s’agit de chansons, Hervé, le chanteur débite son texte vite, avec de grands gestes, le regard habité. Sans pour autant prendre des poses à la Ferré. Sauf, peut-être, quand il reprend « La mémoire et la mer », accompagné seulement par une accordéoniste (la même qui signe les petites vidéos projetées). Cette reprise du grand anar ne fut pas le meilleur moment de la soirée … En revanche, ce fut sans conteste le dernier puisqu’il était joué en rappel. Le public en voulait encore, mais Hervé Rigaud dut venir expliquer qu’il ne pouvait pas en faire un petit dernière car il était 22 h 30. Et dans les salles de concerts, l’heure c’est l’heure, sous peine de plainte du voisinage.

samedi 1er février :

Ni le rock mâtiné d’électronique de Curtis ni Ripley et ses reprises (« Light my fire » des Doors, par exemple) ne nous ont convaincu de nous intéresser à eux plus avant.

jeudi 6 février :

   Pas le temps d’entendre beaucoup de chansons de Nicolas Jules, mais on constate que la mode des chanteurs drôle est lancée. Effet Delerm ? Je croise Mocke, guitariste d’Holden à deux pas de la scène. Décidément, le guitariste a pris ses quartiers au Café de la Danse puisque la dernière fois que je l’ai vu sur scène, c’était dans cette même salle. Ce soir, Mocke accompagne Silvain Vanot, tout comme Brad Scott, le contrebassiste d’Arthur H.

  Silvain Vanot (photo ci-dessus) est intéressant quand il crée des ambiances intimistes, notamment au piano Rhodes. Ses textes sont mélancoliques, et les teintes folk-bluesy invitent à fermer les yeux pour se plonger dans ses mots. Hélas, on n’a pas eu droit à un show habituel car un accident (une guitare sèche cassée en coulisse trois minutes avant le concert) l’a, de son propre aveu « mis un peu à cran » et que ce soir, Silvain craignait une nouvelle catastrophe à tout moment. Dernière date de la tournée pour Vanot, mais côté public un Café de la danse rempli juste ce qu’il fallait ce soir. Moins que pour le Garage Rigaud par exemple. On ne saurait juger la qualité d’un artiste à l’aune de son remplissage de jauge. Discret médiatiquement, Vanot a tout du coureur de fond.

Jean-Marc Grosdemouge

 

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