"Les Nocturnes" sur RTL

   Dire qu’il a failli disparaître de l’antenne … En 2001, branle-bas-de combat à RTL : il faut rajeunir. Exit Bouvard des « Grosses Têtes », Fabrice part en retraite de son plein gré … et adieu « Les Nocturnes. » Après quelques semaines de combat des auditeurs, Lang est revenu à l’antenne …

   Georges est revenu à l’antenne … mais à Paris. C’est que jusque-là, Georges Lang travaillait depuis le grand duché du Luxembourg … Ce sont les auditeurs (et quelques employés de la station) qui ont fait pression pour que l’homme à la voix de velours reprenne sa place sur les ondes. Cette mobilisation ne surprend qu’à moitié, car d’abord, Georges Lang n’est pas né de la dernière pluie et nombreux sont ceux dont il accompagné les nuits.

   Ensuite, « Les Nocturnes » sont une émission à part sur RTL : d’abord parce que le programme musical y est beaucoup plus rock qu’en journée, parce qu’il n’y a pas de publicité à cette heure-là sur la station, et enfin parce que pendant des années, elle a eu lieu du côté des Ardennes. En ce temps là, c’était chouette la nuit chez les grands ducs.
Rappelons que le « L » du sigle RTL signifie « Luxembourg » : née en 1933, radio Luxembourg émettait au départ uniquement depuis le Grand Duché, d’où le terme de « radio périphérique ». Depuis 1969 (et Jean Farran), Radio Luxembourg est devenue RTL et depuis quelques annés, émet aussi en FM sur le territoire français.

   Ainsi, pendant des annés, ce n’était donc pas rue Bayard à Paris que George officiait, mais depuis les locaux de la CLT-UFA, villa Louvigny. Le week end, ce sont deux autres animateur, Lionel Richebourg et Jean-François Johann, qui tiennent le créneau.
« Ce que je reproche aux autres radios, c’est de faire la nuit la même chose que ce qu’ils font en journée. »

   Et c’est pour cela que Georges Lang tient à faire de son programme un espace à part. Dès l’origine, le but était d’être différent : « Les Nocturnes sont nées en 1973, avec l’animateur Bernard Schu et moi, explique Lang. Le but était de faire de ces émissions de nuit non pas des comblages en attendant la fin des programmes -parce qu’à l’époque on s’arrêtait à trois heures, mais d’en faire une réalité. »

   Et d’ajouter : « Je n’ai jamais considéré que le fait de travailler la nuit est quelque chose de pénalisant : la preuve, c’est que j’ai demandé moi même à travailler la nuit, je n’ai pas visé un autre créneau quand je suis rentré à RTL. Je suis allé voir le directeur des programes de l’époque, Roger Crécher, et je lui ai dit « je veux faire la nuit. » Il m’a dit « il y a un garçon qui travaille déjà sur ce créneau, et il faut que vous sachiez que c’est à Luxembourg. » J’ai répondu : « ce n’est pas un problème pour moi, le studio pourrait se trouver au bout du monde, à Paris ou à Luxembourg, ça n’enlèverait rien à mon envie de faire des émissions musicales la nuit. » Chris Baldo, qui était en place, a progressivement quitté l’antenne. Il a pris le large, et progressivement, on a repris le créneau, d’abord de minuit à trois heures, puis jusqu’à cinq heures, quand Jean Farran, directeur de l’époque, a décidé de prolonger l’antenne afin que RTL émette 24 heures sur 24. »

En direct de la « station Mir »

   Aujourd’hui, les émissions de nuit se composent toujours d’une tranche minuit-trois heures plutôt pop-rock (avec son fameux « Powerplay », titre qui revient chaque heure) et une tranche trois-cinq heures, à tonalité francophone, avec Jean-François Johann, toujours depuis le Grand Dûché, dans un studio surnommé « La station Mir », parce qu’il regorge d’informatique et d’écrans lumineux. Mais, ce n’est pas déphasant de travailler la nuit ? « Je ne dors pas avant mon émission. Je dors après -peu, mais ça, après quelques années, le corps s’y est fait. C’est pas toujours facile : parfois on est crevé dans la journée, mais mais j’ai une vie de famille, je vois mes enfants tous les jours. Je vis normalement. Je suis à RTL en gros de 14 heures à 19 h 30, puis je dîne chez moi, avant d’y retourner, de 22 heures à 3 heures du matin. »

« Il y a deux écoles dans la radio »

   Si l’on en croit George Lang, en radio, « il y a ceux qui innovent en permanence, et ceux qui considèrent que changer quelque chose, c’est faire perdre aux auditeurs un repère. Je pars du principe que celui qui m’écoute la nuit ne m’est pas fidèle, parce que la nuit, par principe, on dort. Il y a ceux qui travaillent et ceux qui sont volages, passent de radio en radio, endormis une fois, réveillés une autre. Donc il faut des repères, ce qui permet aux gens de retrouver quelque chose qui les met en confiance. Je reçois des courriers ou des e-mails de gens qui me disent m’avoir écouté étant étudiant, avoir décroché en se mariant, et y être revenus depuis peu. Ils se souviennent de l’émission il y a quelques années, mais comme si c’était vraiment hier. »

   La grande passion musicale de George, c’est la country. Outre une hebdo sur RTL, il a une émission TV régulière sur Canalweb, très appréciée des amateurs, qui ont du mal à s’abreuver de leur musique favorite sur les chaines télé habituelles.
Et puis il y a les « Sagas », hebdo également, consacrées à un groupe ou un artiste. Idéal pour être incollable sur les carrières des rockstars. Côté influences, son maître est Bob Stewart, surnommé « the voice », qui a travaillé pour le service en langue anglaise de RTL (surnommé le 208, du fait de sa fréquence hertzienne) : « Il a la faculté de transformer tout ce qu’il dit en jingle. Je lui ai demandé de m’en enregistrer, et je lui doit presque tout mon habillage. » C’est lui qui avait créé le jingle du « Powerplay », qui était au départ un jingle du service anglais, et que George a repris. « C’est un jingle que j’ai détourné, confesse-t-il. Avec l’accord du service anglais bien sûr. »

Petite musique de nuit

   A cette heure, RTL se transforme en royaume du cool. Il faut avoir écouté « Weather Storm » de Craig Armstrong (une reprise d’un titre de Massive Attack dégoulinant de cordes sur fond de gouttes d’eau), la nuit, sur une route, par temps de pluie, pour saisir tout le sel des « Nocturnes. » Pour ce qui est du ton de l’émission, il parlera de « dosage savant » entre nouveautés et anciens titres, entre tous les genres, de « l’art et la manière d’accomoder les plats », et du refus d’être une quelconque « vitrine des maisons de disques. » Place à la subjectivité ! Mais attention, quand on diffuse une nouveauté, il y a la manière : « Il y a toujours un moment opportun pour l’amener, parce que, par définition, elle n’est pas bien accueillie, ni par le programmateur que l’écoute par la première fois, ni par l’auditeur qui se demande ce que c’est. » D’où le parti pris de George Lang d’annoncer une nouveauté auparavant.

   Et avant de se quitter, quels sont les albums à écouter la nuit ? « Actuellement, il y a « Halleluyah » ou « Corpus Christi Carol » de Jeff Buckley sur l’album « Grace », « Stairway to heaven » de Led Zeppelin, ou un titre comme « Unintented » de Muse sur leur dernier album, ça prend une autre dimension. On peut les diffuser en journée, mais la nuit, c’est la chair de poule assurée. »

Jean-Marc Grosdemouge

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *