Louis Chedid "Bouc Bel Air"

   Difficile de prendre le risque de n’être plus que « le père de M » et « le fils d’Andrée Chédid » quand on a connu de grands succès (et en premier lieu le célèbre toudoudoudou « Ainsi soit-il » il y a vingt ans). S’il est le maillon de plusieurs générations d’artistes, il a voulu montrer qu’il est un maillon fort.

chedid   Alors Louis Chedid désormais signé chez Atmosphériques, le label plein de jeunes artistes (Louise Attaque, Grand Tourism, Grand Popo Football Club) a retroussé ses manches. Et signe un album de chansons que l’on apprécie, même si l’on n’est pas un abonné du rayon chanson française des disquaires.

   Dès les premières mesures d’une « ouverture » interprétée par orchestre à corde, et arrangé de mains de maître par David Whitaker, on se croirait dans une comédie musicale des années cinquante… Mais les mesures suivantes, un brin orientales, annoncent une chanson qui a tout pour séduire : « Chaque jour est une vie », par son message (carpe diem) et sa musique enlevée sertie dans un flot de cordes, nous donne envie de fredonner « pas une minute à perdre, pas une seconde, chaque jour est une vie. » « Bouc Bel Air » est un album placé sous le signe des éléments : l’air (« De l’amour dans l’air » et ses cordes, « Libre comme l’air » un peu dub et funky), l’eau (« Coule l’eau »), dans lequel Louis Chedid, chroniqueur désabusé de la vie, pose un œil amusé sur nos petites vies : « Les gens » fustige ceux qui mettent la société en statistiques. On y retrouve le chœur composé d’amis et de la famille, comme au bon vieux temps de « T’as beau pas être beau, ohohoooh… monde cinglé éhéhéééé ».

   Quant à « La complainte du maître-nageur », c’est celle d’un sauveteur des plages qui voit d’un mauvais œil l’invasion des touristes, lui qui ne rêve que de bouillottes et des couvertures, le tout sur un vieil air de fox trot. « Triste et malheureux comme la pierre » dont la guitare sonne comme du rock africain, fait penser à Geoffrey Oryema, et prouve que notre homme, né en Egypte, a des références très larges. Difficile donc de classer cet album dans un genre, puisque Chedid prend un malin plaisir à les accumuler, et que certaines chansons sonnent très modernes. Comme Alain Chanfort sur « Personne n’est parfait » (sorti en 1997 mais échec commercial), Chedid a su prendre le virage et rester très actuel. Mais on prend aussi plaisir à retrouver cette chanson d’amour à la Chedid qui a fait son succès (comme « Dites-lui que je l’aime » il y a quelques années). Ici, sa nouvelle livraison en matière de slow imparable s’appelle « Mesdames, mesdemoiselles », et c’est un ravissement.

   L’album se termine avec « Bouc Bel Air », chanson inspirée par le lieu de vacances du jeune Louis, une bastide près de la mer. Ce n’est peut être pas un hasard si la guitare de ce morceau qui chante les souvenirs, sonne comme celle du « Sud » de Nino Ferrer. Et ce morceau dédié aux vacances se termine sur l’instrumental qui avait ouvert l’album, qui se termine comme un rêve, une belle parenthèse.

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Jean-Marc Grosdemouge

Louis Chedid « Bouc Bel Air », 1 CD (Atmosphériques), 2002

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