M83 : cosmic electronic

   Chacun connaît la réplique « aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années. » Les deux membres de M83, natifs d’Antibes, quarante deux ans à deux, biberonnés au rock noisy, en sont une preuve éclatante ! M83 prouve aussi que sur la carte de la techno, la province s’en sort très bien. Venus à La Route du Rock de Saint Malo défendre leur premier album éponyme (Gooom Disques/Chronowax), ils ont créé la surprise.

   Ce sont eux, incontestablement, artistes techno, la révélation de la dernière Route du Rock. Ces fans d’Alpha nous ont gratifié d’une bonne claque auditive en ce dimanche d’août 2001, faisant sortir de leurs machines tout un univers de sons inquiétants, mettant en peu de temps le public dans leur poche, le tout sous un gros soleil de fin d’après-midi.
Ils en furent mal récompensés, puisqu’ils durent donner des interviews, ce qui les a malheureusement empêchés de profiter du set des Bristoliens. C’est qu’encore tout ébaubis, on voulait les approcher, les féliciter, et bien sûr en savoir plus sur leurs influences. Des influences véritablement… soniques, pour ne pas dire Sonic (Youth) !
Ils nous expliquent leur parcours, sans se la raconter. Tout juste débarqués dans le « show biz », ils goûtent le succès critique est réservé à leur premier opus. Rencontre avec deux âmes bien nées, Nicolas et Anthony, à leur sortie de scène. Propos recueillis par Jean-Marc Grosdemouge

Epiphanies : Cette année, l’affiche de la Route du Rock était… très rock ! Peu de groupes électroniques étaient invités cette année, mais parmi les rescapés, il y a M83 . Qui plus est, vous êtes jeunes, français. Vous devez être fiers ?

Anthony Gonzales : fiers, je sais pas. On a pas fait grand chose non plus. Quand on aura sorti dix albums, qu’on aura un nom, on pourra être fiers. Pour l’instant, non. On verra plus tard.

Nicolas Fromageau : si, y’a un degré de fierté, bien sûr. On est hyper contents de se retrouver là. On hallucine un peu, fatalement. On trouve ça super cool. On est fier de soi mais on se dit qu’on a tout à prouver : on a sorti qu’un disque. C’est à nous de bosser derrière, et d’assurer, c’est tout. Faut pas se contenter de ce que tu as, sinon tu tournes vite en rond. Donc on va essayer de bosser et essayer de faire mieux.

Vous êtes jeunes, vous avez quel âge ?

En chœur : 21 !

Vous êtes originaires d’Antibes et depuis quatre mois vous habitez à Paris. Qu’est ce qui a motivé votre déménagement ?

AG : Notre label, Gooom Disques, est basé et Paris, donc ça nous a un peu motivés pour monter. Et puis dans le Sud, surtout dans la petite ville où on habitait, il ne se passe pas grand chose. On avait envie de bouger, de trouver autre chose. Culturellement, Paris, c’est le top. Surtout pour des musiciens.

Vous dites qu’il ne se passe pas grand chose dans le Sud, mais vous êtes la preuve du contraire !

AG : Ouais, on a quelques potes qui sont aussi dans le mouvement, mais sinon si tu veux sortir le samedi soir pour voir un bon concert, oublie !

C’est pour ça que vous vous êtes décidés à faire votre propre musique ?

AG : Ouais, un peu.

NF : Insconsciemment, je pense.

Racontez-moi comment vous vous êtes rencontrés, à quel âge ? Et comment vous est venue l’idée de faire de la musique ?

NF : On s’est rencontrés en classe de seconde, on était dans le même bahut. On s’est très vite entendus niveau musique : on se passait plein de skeuds et on a commencé à faire des groupes ensemble. Ca fait un petit moment déjà qu’on se connaît, et qu’on fait de la musique ensemble.

Quand vous avez commencé à travailler ensemble, ça ressemblait à ce que vous faites actuellement ? Vous êtes tous les deux guitaristes, vous avez commencé par jouer du rock ?

AG : On a commencé par une formation plus rock : basse- guitare-batterie, toute simple. On a fait des petits concerts et des maquettes. C’était plutôt noisy, à la Sonic Youth, dans ce style…

Quand êtes-vous passés à l’électronique ? Et pourquoi ? Ca a été conscient ou fortuit ?

NG : En fait, on s’est tout simplement acheté une boite à rythme, un sampler, ce genre de trucs, pour le côté pratique de jouer avec ça le soir dans sa chambre. Et puis c’était une évolution logique parce que dans le rock, on avait pas l’impression d’innover à mort. Les sons électroniques commençant à nous toucher, c’est venu assez naturellement.

Vous avez fait déjà beaucoup de scène ?

AG : Saint Malo est notre deuxième live. On a joué pour la première fois au festival Aquaplaning à Hyères, en juillet.

La scène est une sensation qui vous plaît ? Vous êtes traqueurs ? ca se passe comment ?

NF : On est pas trop trop à l’aise pour l’instant, surtout quand on joue devant deux mille personnes. Mais c’est quelque chose qu’on apprécie vraiment : ça fait plaisir, et on va essayer de bosser ça, mais on va essayer de ne pas trop faire de lives pour ne pas saoûler tout le monde.

Actuellement, le trac vous empêche de goûter complètement le live ?

AG : En fait, t’as le trac cinq, dix minutes avant, après ça passe tout seul, surtout que le public a apprécié ce qu’on a fait, donc ça fait vraiment plaisir !

On vous a sentis très concentrés sur le début du set, et puis vous avez fait un morceau dont l’intro était très péchue, et là, vous avez commencé un peu à sourire, mais globalement, on vous sent concentrés.

AG : il faudrait que je me regarde, pour savoir comment je suis sur scène, mais au début, on est toujours crispés.

Et sur la fin, Anthony, on avait l’impression que tu aimais faire crisser les machines, que tu prenais un réel plaisir à t’acharner su ta machine.

AG (intimidé) : ouais, c’est un truc que j’aime bien, surtout que le morceau est assez violent, donc t’es un peu porté par le rythme.

Chez vous, vous écoutez quoi ?

AG : en règle générale, on écoute la même chose, mais on a quelques avis différents sur des groupes.

NF : sur Björk !

Et qu’est-ce que vous pensez de Björk ?

AG : moi, je suis pas fan. Nicolas est super fan.

NF : je kiffe grave depuis « Debut ». Et ça m’étonne que je n’arrive pas à la faire apprécier à Anthony. A part quelques exceptions, on ne se bat pas pour passer les disques. On s’entend plutôt bien là dessus.

Quand vous avez commencé à faire de la musique électronique, vous aviez déjà une grosse culture dans ce domaine ?

AG : à ce niveau là, c’était le néant, on ne connaissait rien en électronique. On est arrivés, on a fait l’album et puis on a découvert le label Warp.

Warp, c’est un label que vous avez découvert après la sortie de l’album ?

NF : On connaissait des gros trucs comme Aphex Twin ou Plaid, mais on ne connaissait même pas Boards Of Canada, c’est la honte (rire) ! On a découvert ça il n’y a pas si longtemps, parce que chez nous, c’était plus la galère pour trouver un disque qu’à la Fnac Montparnasse.

Quand l’album est sorti, vous avez été comparés à qui ? Et est-ce que ça a pu vous rendre fiers après avoir écouté ceux à qui vous étiez comparés ?

AG : justement, on a été comparés à Boards of Canada, My Bloody Valentine. Quand on a écouté les albums, ça fait plutôt plaisir parce que ce sont deux groupes assez énormes.

My Bloody Valentine, vu votre culture rock, je suppose que vous connaissiez ?

NF : Je connaissais un tout petit peu, mais j’avais pas un disque. On était plus dans des délires genre Sonic Youth, des choses dans l’esprit Mogwai, Slint. On a plus écouté Mogwai que My Bloody Valentine. Donc l’influence vient peut-être plus de Mogwai, qui eux même ont été hyper influencés par My Bloody Valentine. Donc la « connection » avec My Bloody Valentine s’est fait par leur intermédiaire. C’est vrai que leur son, qui nous touche beaucoup, est vraiment bien.

Et côté de votre musique, vous faites des études, du Djing ?

En chœur : on travaille !

Quels sont projets ? Faire un deuxième album ? Prendre des vacances ?

AG : on va se remettre au boulot tranquillement, on va sûrement sortir un maxi pour la fin de l’année. On va ensuite travailler sur le deuxième album. Et on verra comment ça va se passer.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *