Massilia Sound System au Bataclan, Paris, jeudi 12 décembre 2002

 

   Chaude ambiance au moment où je fais mon entrée dans le Bataclan. Le concert de Massilia Sound System, venus défendre leur dernier album « Occitanista » a commencé. La salle est bondée, elle ondule, se manifeste, et une épaisse fumée s’élève au dessus du public. Ca sent bon la ganja et autour de moi, tout le monde danse.

   Dire qu’on est au mois de décembre, et qu’on se croirait à Marseile, tant l’ambiance et la chaleur du Sud sont là. Les quatre tchatcheurs (accompagnés d’un scratcheur, d’un clavier et d’un guitariste) haranguent la foule au cri d’ »aioli. » On brandit des écharpes bleu azur et blanc de l’OM ou des drapeaux figurant la croix camarguaise. Au dessus de la scène, un spot inscrit en lumière sur le mur le slogan « Massilia chourmo. »

   Dans les chansons, et entre les chansons, il est question de sieste, de pastis (il en sera offert quelques verres aux premiers rangs), de résister au Front, d’aller manifester contre les lois sécuritaires, de langues, de patois, de vivre tous ensemble et de culture universelle. Quand Massilia entonne le refrain « pas d’arrangement », on pense à Zebda, autre combo sur sud de la France, qui partage la même coloration politique que les marseillais.

 Le ragga joyeux de Massilia Sound System, les basses rondes et leur gaîté communicative mettent tout le monde d’accord : les phocéens ont une formidable présence scénique, et vraiment, comme il le chantent, « ce soir, le Bataclan est marseillais. » On assistera même à une farandole et un jeu qui consiste à faire asseoir toute le salle par terre pour ensuite faire lever tout le monde d’un seul coup, après un compte à rebours préalable.

  Le Bataclan est marseillais ce soir. A tel point qu’après la fin du concert, les lumières se rallument, la sono entonne un disque, et tout le monde veut rester dans cette ambiance méridonale : personne, mais vraiment personne ne bouge dans la foule. Deux minutes plus tard, les Massilia sont de retour. Une chanson a capella en provencal et c’est fini. Sauf que personne n’est pressé de partir … dans la salle, on discute, « tu viens boire un verre chez moi ? », on roule un dernier pétard … Tout le monde n’est pas encore sorti que déjà, quelques membres de Massilia sortent des coulisses et serrent des louches dans les gens encore présent. Sur le stand merchandising, le bulletin de liaison qui milite pour l’effacement de la dette du tiers-monde est à disposition du public.

   Pour une fois, la rencontre Marseille-Paris est des plus réussies. Pas comme lors des matchs OM-PSG au Parc des Princes, qui finissent souvent, hélas, en pugilat. La musique comme ferment d’amitié entre les peuples, Massilia ne fait pas que la théoriser. Lors des ses concerts, ce groupe rapproche pour de bon la cité phocéenne et la capitale.

Jean-Marc Grosdemouge

Merci à Carole Muller (Wagram Music)

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