Massive Attack au Zénith de Paris, mercredi 23 avril 2003

   Après leur première date française, la veille, au Printemps de Bourges, le public parisien avait rendez-vous pour l’une des trois dates de Massive Attack au Zénith. Le collectif réduit au seul 3D était attendu par un public qui, de « Blue Lines » à « 100th window », suit les aventures sonores des Bristoliens.

   Vingt heures et quelques, et Dot Allison se présente sur scène, accompagnée d’un guitariste, et annonce un set acoustique. Surprenant de la part d’une artiste électro-pop. Il est vrai que s’il elle avait présenté ses chansons électroniques avant les maîtres Massive Attack, elle aurait risqué la comparaison, forcément pas flatteuse. Alors un set acoustique : avec ses chansons à la Dusty Springfield, elle change de terrain, évite la compétition avec Massive Attack. Seulement, on n’est pas dans le ton. Ce set terminé, les lumières ne se ralument pas ; sur scène, des spots bleus tournoient et l’on distinguent l’intro de « What your soul sings ». Chacun retient son souffle. Fausse alerte. La salle se rallume au bout de deux minutes. Il faudra patienter encore, mais avec comme fond sonore une sorte de grand mix de bribes de titres divers de Massive Attack, ralentis, et des spots bleus tournoyant.

   Le noir se fait. La musique retentit : les bips bips de « Future proof ». En haut, à droite de la scène, apparaît l’heure : 21h08. Puis à gauche, les coordonnées (longitude, latiude, adresse) du lieu. Et c’est parti : 3D chante d’une voix blanche ; on entre dans le show vitesse grand V. Au titre suivant, on a déjà eu le temps de se dire qu’on est en train de vivre un grand moment. Et sur l’écran, on a droit à la population chiffrée de Paris, puis au troisième titre, on apprend la « dernière localisation » du groupe : Bourges, avec distance chiffrée (kilomètres, miles et milles marins) à la clé. Car outre ce son riche, métallique et groovy, surpuissant, Massive Attack propose, au fond de la scène, un écran géant qui au fil des chansons, va déverser des kilos et des kilos d’infos chiffrées sur tout et sur rien. C’est proprement vertigineux. On ne danse pas, ou peu dans un concert de Massive Attack. Même le public présent dans la fosse est relativement statique. Il est plus affaire de voyage intérieur que de remuer son corps en tous sens.

   Si vous voulez savoir à quoi ressembleront les concerts dans lesquels se presseront vos enfants dans vingt ans, allez voir Massive Attack. Futuriste, cybernétique, ce show est celui d’un monde mangé par les machines (que Massive dompte), les robots, l’info en continu (on a vu des titres d’actualité et les noms de Sarkozy ou Seillière s’afficher sur l’écran), la guerre (via ce même écran, le groupe pose quelques questions pertinentes sur le récent conflit en Irak, questions très applaudies), les virus informatiques et la mise en fiche de tout (des noms de stations de métro et des infos sur Paris, ou des données sur la destruction de la terre s’affichent). Parfois, une pluie de zéro et de un évoque l’esthétique du film « Matrix ». Rarement on a vu un groupe aussi en phase avec son époque. Epaulé par le toaster Horace Andy et ses mélopées plaintives, par Daddy G et Dot Allison (qui chante les titres de Sinead O’Connor, portée pâle, ou « Teardrops » de Liz Frazer, pas là). On est venu voir un grand groupe, celui qui a inventé quelque chose dans la musique. Et les inventeurs du trip hop sont purement étourissants sur scène. Noir. Le public est en feu. En haut, la gauche, un mot clignote en rouge : « redémarer ? » Et oui, ça redémare pour deux titres, donc un « Unfinished sympathy » à vous donner la chair de poule.

   On goûte ce titre déjà mythique et on se dit qu’on n’a pas besoin de faire un bond en avant de vingt ans et d’imaginer à quoi ressembleront les concerts auxquels assisteront nos enfants pour savoir que cette chanson est -et restera- la plus belle B.0. de nos années 90. Noir à nouveau, puis retour du groupe. 3D dit que c’est bon d’être à Paris, une ville qu’il aime, un lieu de culture, et l’on finit avec la claque sonore de l’année. Pendant plusieurs longues minutes, la groupe s’en donne à coeur joie pour faire vrombir les machines et les instruments. 3D, de dos, profite du flux sonore qui se dégage du tout. Le morceau finit, les spectateurs assis du Zénith se lèvent et l’on reste flapi devant une telle débauche d’énergie. Viennent ensuite les saluts. 3D et Daddy G s’embrassent. Et l’on se prend à rêver que Massive Attack puisse redevenir duo sur le prochain album.

Jean-Marc Grosdemouge

 

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